lundi 20 février 2012

DE L'ABSURDE (SITUATION DE TRANSHUMANCE)

L'absurde de Camus venait du monde, de l’ontologie du monde et du sujet, tandis que le nôtre n’a même plus cette aura du surhumain, de la cosmogonie, de l’universel, du transcendent… La « Condition humaine » écrivait Malraux, on avait l’impression de la palper, dans l’action, l’engagement. Tandis que l’absurde d’aujourd’hui relève du déjà-vu, donc rien pour en faire une acceptation (Amor fati) c’est plutôt comme un rouage qui coince à cause d’un grain de sable que personne n’arrive à trouver, et pourtant c’est ce presque rien, qui bloque presque tout ! C’est ce qui est dingue aujourd’hui, on sent bien que tout pourrait s’arranger demain matin, si on le décidait. On est de l’autre côté de la feuille de papier.

Donc l’absurdité n’a plus rien de noble, ou de comique comme chez Beckett ou Ionesco, etc, d’existentiel, au contraire elle est contingente, c’est le ridicule de notre propre comportement qui lui correspond, autrement dit le mécanique plaqué sur du vivant mais plus du tout pour la bonne cause… ! Le libre-arbitre foutu collectivement, la liberté de ne rien pouvoir faire pour éviter le mur que tout le monde voit venir, de renier les valeurs fondamentale de l’humanisme qui était le nôtre, en sus… donc c’est vraiment le comble !
D’autant plus qu’il y a 20 ans ce système semblait avoir gagner une sorte d’universalité historico-mondiale. Marx se venge…

vendredi 10 février 2012

La culture au futur antérieur

source : Libération

Internet a offert une manne d’infos et d’archives et bouleversé la créativité. Avec «Rétromania», le journaliste Simon Reynolds plonge dans la culture des années 2000, ultraconnectée au passé.

Comment construire le futur quand le passé se mêle en permanence au présent ? Cette interrogation n’est pas inédite, de même que la nostalgie de la culture des décennies passées a fait l’objet d’études plus ou moins savantes. Pourquoi alors nous reposons-nous la question ? Parce que Rétromania, qui vient de paraître, nous est apparu d’emblée comme un livre important, de ceux qui définissent une époque. Il est une habile traversée des années 2000, décennie où la culture a été transfigurée par Internet jusque dans ses moindres recoins.
Instantanéité des échanges, YouTube, téléchargement puis streaming audio et vidéo, remix permanent… Plus qu’un regret du «bon vieux temps», c’est davantage un sentiment de trop-plein, une omniprésence de l’archive imposée par Internet à la première décennie ultraconnectée, qu’analyse son auteur. Collaborateur de grands quotidiens (The Guardian, The New York Times…) et de magazines (Wire…), Simon Reynolds a également écrit un livre de référence sur les années qui ont suivi le séisme punk : Rip it up and Start Again.
Jamais notre quotidien n’a été autant envahi de références à des époques révolues, au point où les arts, même les plus prospectifs, se retrouvent tétanisés et commencent enfin à s’interroger. Dans son ouvrage largement centré sur la musique, mais qui pose des questions à tous les champs artistiques, l’auteur, 48 ans, mêle réflexions et constatations pour raconter un quotidien qui fut aussi le nôtre pendant les années 2000. Un émerveillement extatique devant des disques, films, séries auparavant livrés au compte-gouttes, qui s’offrent aujourd’hui sans limite.
Vous écrivez que la création est affectée car le passé envahit le présent par une archive exponentielle et omniprésente.
Les groupes d’aujourd’hui sont composés de jeunes gens qui ont grandi avec Internet et cet accès gratuit à toute la musique, à travers le téléchargement et YouTube. A 21 ans, ils ont écouté bien plus de musique que moi au même âge (en 1984). C’était tout bonnement impossible alors, ça coûtait de l’argent, et même si vous pouviez emprunter des disques à des amis ou à la médiathèque, il y avait des limites. Désormais, les gens semblent avoir écouté des genres de musique extrêmement divers. Le passé, comme inspiration, entre alors en concurrence avec le présent. A des époques plus anciennes, ils étaient davantage concernés par ce présent.
Dans les années 60, la plupart des groupes de rock réagissaient à ce qui se passait dans la musique noire du moment. Quand ils s’ouvraient à d’autres influences, c’était celles de la récente avant-garde jazz (comme Coltrane) ou électronique (Stockhausen). Il y avait très peu d’inspiration non contemporaine. A mesure que le temps passe, l’appel de l’archive s’est fait de plus en plus intense, puis tout s’est détraqué lorsque l’Internet haut débit a décollé. L’aspect négatif, c’est que beaucoup de groupes tentent de copier le passé. Le positif, c’est que certains artistes s’abreuvent de toute l’histoire de la musique, de partout dans le monde, et créent des «super-hybrides», à l’instar de Vampire Weekend, Rustie, Gang Gang Dance. Mais il faut être un artiste solide pour filtrer cette surabondance d’influences.



Comment expliquez-vous ce goût pour la musique du passé ?
Pour certains, c’est juste qu’il y a eu beaucoup de musique géniale dans les années 60, 70, 80. Pourquoi ne l’écouteraient-ils pas ? Il y a aussi beaucoup de romantisme attaché à certaines périodes en particulier : le psychédélisme, le punk-rock, le hip-hop des débuts. Ou pour ceux qui aiment la dance music, les premiers soubresauts de la house de Chicago, la techno de Detroit et la scène rave du début des années 90, c’était vraiment des périodes excitantes. Elles avaient ce côté vierge et correspondaient à de vrais mouvements, avec un look, un jargon et des rituels subculturels. […] Difficile d’en vouloir aux jeunes d’être sous le charme de cet âge d’or perdu. L’existence digitale peut être assez solitaire et aliénante. […] On est constamment connecté, à jongler avec les différents flux de stimuli. En réaction, les formats analogiques [le vinyle par exemple, ndlr] ont l’air d’aller de pair avec une forme d’expérience plus immersive, plus concentrée. Un meilleur type de flux.



Vous utilisez le terme «hauntology» pour qualifier un style musical créé durant les années 2000 et qui semble se languir d’une période révolue…
Le terme est de Jacques Derrida, mais le jeu de mots fonctionne mieux en français : hantologie-ontologie. Derrida explorait les résonances philosophiques du concept de fantôme, qui n’est jamais ni présent ni absent, jamais totalement dans le présent ni cantonné au passé. L’usage que j’en fais n’est pas strictement derridien, c’est plutôt un mot utile et amusant pour décrire un tas de groupes qui travaillent avec cette mémoire culturelle. Le fait que la maison de disques le plus emblématique de cette scène s’appelle Ghost Box [«boîte à fantôme»], un jeu de mots sur la dimension spectrale de la télévision, m’a fait penser à l’hantologie. Leur musique est étrange et souvent sans formes, évoquant quelque chose de fantômatique et d’inquiétant.
Aux Etats-Unis, il y a aussi un genre de musique qui s’accommode de ce concept : des artistes comme Oneohtrix Point Never, James Ferraro, explorent les dépôts sédimentés de vidéos, de musiques et de vieilles émissions de télé. Une part importante de la musique intéressante de ces cinq ou six dernières années est basée sur cette émotion paradoxale consistant à rappeler un passé où l’humanité regardait devant elle. Derrida peut être déclaré saint patron de ce genre de musique, parce qu’il a également écrit sur le «mal d’archive».



Cette fascination pour le spectral traverse également les arts numériques ?
L’hauntology a un lien clair avec les courants culturels qui se frottent au fétichisme, aux médias morts et aux formats vétustes, de même qu’avec l’esthétique du flou et du lo-fi. Je pense que tous ces courants peuvent être vus comme une même contre-culture opposée à l’hyperconsommation et à ce monde numérique bourdonnant, fait d’images haute définition et de connexions super rapides. Cependant, dans la mode, le vintage chic est aussi une forme de consumérisme. Je suis sûr que Pierre Bourdieu aurait eu quelque chose à dire sur les vecteurs de classes qui se cachent dans ce genre de goût.



Les nouvelles technologies ont bouleversé la manière dont la musique est produite, distribuée et consommée. Mais quid de la musique elle-même ?
Il ne me semble pas qu’elle ait changé tant que cela. En 2012, le rap et le R’n’B ne sont pas très différents du rap et du R’n’B de 1999. Ni leur structure rythmique, ni la manière de rapper ou de chanter, ni même en termes de contenu ou du type de personnalités qui deviennent des stars. La musique électronique a été légèrement plus inventive, mais même des courants comme le dubstep ne me semblent qu’une extension des années 90, démarrées avec la rave et qui se sont poursuivies avec la jungle et la drum’n’bass. Le grime, qui m’excitait beaucoup au début de la décennie 2000, est devenu plus ou moins statique depuis 2005. Il y a plein d’énergie et de différences subtiles dans le champ des musiques électroniques, mais pas autant que les avancées immenses et les tangentes mutantes apparues à la fin des années 80 et 90 […].
Le remix et le mashup - qui consistent à mêler dans un seul morceau une multitude d’éléments samplés dans d’autres préexistants - ne sont-ils pas la quintessence de ces dernières années ?
Comme phénomène, le mashup semble en effet en lien avec l’âge de la musique numérique et de la surcharge pop. Mais quelque chose qui y ressemblait fort était déjà expérimenté par des DJs à la fin des années 80 - comme Bomb the Bass, Coldcut, Norman Cook [alias Fatboy Slim, ndlr] avec son projet Beats International - et aussi dans l’avant-garde par des figures comme John Oswald avec son projet Plunderphonics. Ces DJs utilisaient le sampling, mais les collages de type mashup existaient bien avant.
Un pionnier de la musique concrète comme Bernard Parmegiani a fait quelques pièces à partir de musique pop. L’idée d’un disque réalisé entièrement à partir de morceaux d’autres disques n’a pas été inventée par les producteurs de mashup comme Girl Talk. Toutefois, la technologie a grandement facilité sa production et sa distribution sur le Net.

CRONICA DE UN VERANO (CHRONIQUE D'UN ÉTÉ, PARIS 1960)

mardi 7 février 2012

Je mange donc je suis


De quoi l’indignation est-elle le nom ?

  Au cœur de la société capitaliste, une nécessaire rupture
Depuis plusieurs mois en Europe sur la place de la « Puerta del Sol » à Madrid comme aux Etats-Unis avec le mouvement « Occuper Wall Street », des dizaines de milliers de gens qualifiés d’ « indignés » descendent dans les rues, mais l’on s’indigne de quoi au juste ? Pour s’indigner à un moment de l’histoire de la forme de vie capitaliste, il faut qu’auparavant l’on ait pu se sentir sinon fier du moins digne - en l’ayant accepté sans trop savoir et sans trop choisir (on s’y est fait doucement en échange d’un certain confort - le niveau de vie) d’avoir vécu de manière simple et honnête, et avec le sentiment du « travail bien fait », dans une telle forme de vie sociale que l’on nous présente comme naturelle, évidente, transhistorique, c’est-à-dire indépassable. Dans un premier temps nous pourrions donc dire que la forme de conscience contemporaine s’indigne aujourd’hui de l’évolution « pas très agréable » et « finalement pas si terrible » de la dynamique absurde de la forme de vie capitaliste.
Dans la prison capitaliste de l’indignation.
Cependant cette forme de conscience indignée est prisonnière de la forme inconsciente de la conscience bourgeoise (entendons par ce terme, une conscience naturelle et « naturalisante ») de cette société. Dans tous les pays ayant vécu depuis le XVIIIe siècle ce que l’historien Jacques Godechot a appelé « les Révolutions de l’Atlantique », nous avons tous appris sur les bancs de l’école que le fondement social de la société humaine qui émergeait sur les principes de la « Grande Révolution » de 1789, était la souveraineté du peuple, la volonté générale, la démocratie et la politique! Nous avons au fond de notre conscience cette idée que la société moderne est une société autodéterminée, auto-consciente et transparente, dont les fondements sont organisés et choisis sous la forme de rapports sociaux politiques sur lesquels nous devons débattre en assemblée. Cette légende de la politique comme fondement de la forme de vie collective présente, c’est le rêve éveillé, le mythe matériel, le simulacre réel, l’illusion politique du « Yes, We Can » que la société bourgeoise capitaliste a créée de bonne foi en s’instituant. La société bourgeoise depuis le XVIIIe siècle s’est largement auto-illusionnée sur son propre fondement, ce mythe matériel c’est là son autoreprésentation. Que l’auto-détermination démocratique soit au fondement des rapports sociaux présents voilà l’illusion, et cela des générations de sujets de cette forme de vie capitaliste, l’on crut et en ont été fiers. Et il y avait, si cela était vrai, certainement de quoi être fier et digne.
 
Pour autant si ce rêve éveillé de la société capitaliste n’est historiquement pas tout à fait faux, il s’est cristallisé dans l’imaginaire moderne lors d’un moment historique où la forme de la politique sous les traits de la naissance de l’Etat monarchique à la fin du Moyen Age, constituait avec les rapports religieux, les fondements de la société d’Ancien Régime entre le XVe et le XVIIIe siècles (comme Maurice Godelier nous pourrions dire qu’au fondement de ces sociétés d’Ancien Régime il y avait les rapports politico-religieux). Pourquoi ce mythe n’est pas tout à fait faux ? L’Etat monarchique du bas Moyen Age, notamment lors de la « révolution militaire » (Geoffrey Parker[1]) aux XVe et XVIe siècles, a bel et bien eu un rôle fondamental dans la naissance de la société capitaliste-marchande. Afin de fabriquer des armes à feu très chères et de payer les premiers salariés de l’histoire de la vie capitaliste qui étaient les soldats-mercenaires (le fait militaire était désormais désencastré des rapports sociaux vassaliques), l’Etat monarchique a dû complètement transformer la nature de sa fiscalité sur la société, notamment en la monétisant et en pressurant davantage les populations désormais obligées de s’investir plus encore dans des activités de travail-pour-gagner-de-l’argent (bien sûr il faut aussi penser à la thèse de Max Weber sur l’éthique protestante du travail, mais cette thèse n’épuise pas la compréhension du phénomène de l’invention du travail). Cependant la société bourgeoise qui émerge à la fin du XVIIIe siècle sur les décombres des rapports politico-religieux constituant l’ancienne société, a pris ces rapports politiques constitués par la forme monarchique de l’Etat (qu’ils vont plus ou moins rapidement séparer des rapports religieux) pour les fondements de la nouvelle société moderne capitaliste-marchande, sans voir que très rapidement la logique des actions sociales qui se mettait progressivement en place aux XIXe et XXe siècle, au travers de la libération des cadres sociaux précédents qui empêchaient la structuration de la vie sociale par le travail, l’argent et la valeur, n’était en rien ce fondement conscient, transparent, autodéterminé et politique des rapports sociaux structurants la nouvelle forme de vie sociale qui émergeait. Les théories politiques libérales et bourgeoises aux XIXe et XXe siècles ne sont jamais arrivées à distinguer de manière adéquate la forme de la politique dans la société d’Ancien Régime (où donc les rapports politico-religieux structuraient une forme de vie sociale particulière) d’avec la nouvelle forme moderne de la politique qui n’avait aucune autonomie propre par rapport à la structuration de la société nouvelle par la logique de la valeur. La conscience naturelle et « naturalisante » qu’endosse l’individu dans la société présente, s’est pourtant cristallisée sur cette représentation passée de l’existence d’un fondement politique de la société moderne (Je reviendrai tout à l’heure sur la véritable structuration sociale de celle-ci un peu plus loin). Nous sommes là au cœur de la forme d’indignation actuelle.

lundi 6 février 2012

Les nouveaux Jardins de la Victoire

Julie Bass, une habitante d'Oakland (Michigan) risque 93 jours de prison. Son crime : faire pousser des légumes devant sa maison et refuser de les remplacer par du gazon.
 source : alternatives économiques
 
Le cliché de la banlieue résidentielle américaine, c'est la maison individuelle avec sa pelouse impeccable. Ce n'est pas qu'une image : le gazon soigné est obligatoire et le propriétaire négligent se fait rappeler à l'ordre gentiment par ses voisins, puis plus fermement par la municipalité s'il tarde trop à passer la tondeuse.
La vigilance des voisins s'explique : la valeur d'une maison est déterminée par son emplacement. L'environnement doit donc être impeccable si l'on ne veut pas que les prix baissent. Et l'on ne mélange pas l'utilitaire et le résidentiel : la plupart des villes américaines imposent un zonage distinguant strictement les zones industrielles ou agricoles des quartiers résidentiels. Dans ces derniers, il est interdit de planter devant sa maison autre chose que du gazon et (à la rigueur) des petites fleurs.
Une vogue sans précédent des jardins potagers
Julie Bass est donc engagée dans un bras de fer avec la municipalité d'Oakland (Michigan) parce qu'elle a transformé sa pelouse en jardin potager[1]. Même si elle risque théoriquement la prison, il est facile de prédire qu'elle finira par gagner. Elle participe en effet à un mouvement puissant : le renouveau du jardinage utilitaire dans les villes américaines. Jardiner en famille ou avec ses voisins est une pratique ancienne aux États-Unis : pendant la deuxième guerre mondiale, le citadin était encouragé à cultiver son « jardin de la victoire »[2]afin d'augmenter la production maraîchère du pays pour mieux nourrir les soldats.

dimanche 5 février 2012

LA PARTICULA DE DIOS

El viejo campesino extremeño dejó a un lado la vara con la que había sacudido el olivo y se dispuso a recoger las aceitunas de la red que había tendido en el suelo bajo el árbol centenario. Se colocó los auriculares de botón del pequeño aparato de radio, que ahora ya no le estorbaban ni se caerían como hubiera ocurrido durante el vareo, y se dispuso a escuchar las noticias de Radio Nacional de España.

“El bosón de Higgs, esa extraña y por ahora virtual partícula de la que ni siquiera se sabe con certeza su existencia, puede estar punto de ser encontrado. Los científicos involucrados en la investigación en el L.H.C del CERN de Ginebra, creen tener suficientes indicios de que la esquiva partícula subatómica está “acorralada” y a punto de dejarse ver” .

Tras limpiar y recoger las aceitunas en un capazo, se dispuso a ensacarlas y, al agacharse para abrir el saco, el viejo tuvo una sensación extraña, la impresión virtual de haber sido golpeado en la frente por uno de aquellos puñeteros bosones inencontrables de forma natural.

―¿Por que no? ―se preguntó―. Si para poder visualizarlo, o mejor detectarlo, los físicos del CERN tenían que hacer chocar haces de partículas a velocidades semi-lumínicas, eso no quiere decir que, de existir en la naturaleza, no estemos siendo atravesados cada segundo por millones de esas enanas y fundamentales partículas.

El viejo, enormemente aficionado a las grandes cuestiones fundamentales de la física, bien que en su aspecto mas divulgativo y entendible por profanos no especialistas en tan abstrusa materia, desde hacía años había leído con avidez mucho de lo publicado sobre la “partícula de Dios”, como había sido bautizada por no recordaba quién.

―No, no es por el puñetero y pequeño bosón por el que estamos siendo atravesados millones o billones de veces cada día, sino por los no menos esquivos neutrinos” ―recordó pensativo.

Mientras proseguía en solitario con la faena de recolección de un par de sacos de verdinegra aceituna, tarea que se había autoasignado para aquella mañana ―las tardes se las tomaba libres el jodido y jubiloso jubilado―, se enfrascó en profundas elucubraciones reflexionando sobre la partícula “a punto de ser encontrada” ―¡ojalá!―, sobre el mundo, el Universo, el Multiverso, Dios y… el Todo. ¡Casi nada!

Parece que si se confirma la existencia del bosón de Higgs, o tal vez incluso antes de confirmarse, se puede predecir o suponer que no existe el vacío ni la nada. Que todo está “lleno”, que todo es, al menos, un “campo de Higgs”. De ahí que la explicación del porqué son masivas las partículas que tienen masa, es por algo así como por una “emanación” o creación a partir de ese campo. A mayor interacción de las partículas con el campo de Higgs, mayor es la masa de éstas. Así pues, nuestro “Universo burbuja” o mas aún, el Multiverso o el “Todo-lo-Existente”, es una creación continua del Campo de Higgs, del “lleno”, no del “vacío”. En alguna ocasión, había leído que el Big Bang, y la creación del Universo, habían surgido o comenzado por una “fluctuación o torsión cuántica de la nada”, o algo parecido.

Todo aquello lo dejó sumido en el escepticismo y la incredulidad. Mejor que aquella fluctuación o torsión de la nada, que le pareció algo así como si al multiplicar el cero por equis ceros… surgiera el número uno. ¿Cómo, de una fluctuación de donde solo hay ―o no hay― nada, va a surgir el Todo? No, ante esas respuestas y explicaciones de la física, que nada responden ni explican, prefería las explicaciones mas “clásicas” de un Dios del que todo emana mediante su FIAT todopoderoso. Pero eso tampoco le dejó nunca satisfecho.

―Así pues ―elucubró―, si suponemos (a la espera de la confirmación por el LHC) de que el “Todo-lo-Existente”, llamámosle Universo, o mejor Multiverso, está completo o “lleno” del campo de Higgs; si no existe la Nada o el vacio absoluto, antes al contrario, el Todo y el “lleno” absoluto, de un campo en el que ocurren todas las interacciones, también podemos suponer o elucubrar que este Todo, donde “todo” ocurre es una particularísima especie de Dios. ¡Claro! La “partícula de Dios” como se ha dado en llamar al Bosón de Higgs, y todas las demás partículas del Multiverso que interactúan en él en los diversos campos conocidos y en los todavía desconocidos, conforman un “Dios Natural” muy distinto de esa especie de Supermán todopoderoso y milagroso, o más bien milagrero, de las distintas y muchas religiones.

―Si la “partícula divina”, o bosón de Higgs, y todas las partículas que llenan el Todo, integran a Dios ―prosiguió―, ello viene a suponer una especie de confirmación al revés del concepto de algunas religiones monoteístas del “Dios-en-todas-partes”. No, todas las partes, todas las partículas existentes, están en y “hacen” a Dios. Exacta y justamente al revés.

Y concluyó así:

―Y si todas la partículas del Todo, integran a este “Dios Natural”, el corolario de ello es que también todas las partículas agrupadas en átomos, moléculas células, órganos, etc, todo lo que hemos dado en llamar vida o seres vivos ―tales como ése “hermano olivo” que acabo de varear, o ésa “hermana hormiga” que veoo trepar por el tronco , son ―¡ claro está!― “células” de Dios. Como yo mismo, como todo aquello de lo que se pudiera decir que está “vivo”. Otra coincidencia, y ésta no al revés, sino idéntica a éste otro concepto o cita religiosos: “Yo soy la Verdad y la Vida”. Si, las partículas materiales componen el “cuerpo”, la vida, el “cerebro”, la Verdad, ―cualquier cosa que ésta sea―, el espíritu y el alma de Dios.

―¡Hay que ver a dónde me ha llevado el pequeñísimo bosón, tal vez inexistente de don Peter Higgs! ―se dijo casi en alta voz el viejo aceitunero, no solo altivo, sino más soberbio que el mismísimo Lucifer, pues que acababa de descubrirse y reconocerse Dios.

Y tras vaciar en el saco el segundo esportón, se lo cargó al hombro y fue a vaciarlo al montón de aceitunas, que luego cargaría en un pequeño remolque para llevarlas a la almazara de un pueblo cercano.

Ecologie en temps de guerre. Quand les États-Unis luttaient contre le gaspillage des ressources

« Notre mode de vie n’est pas négociable » a déclaré G. W. Bush. Pourtant, pendant la Seconde guerre mondiale, les citoyens américains ont renoncé un moment à la culture de la consommation et du gaspillage.

Aux États-Unis, les générations actuelles sont-elles équipées pour répondre au défi homérique que représente le réchauffement climatique ? Si les grands médias glosent à longueur de page sur les « crédits de carbone », les « voitures hybrides » et l’« urbanisme intelligent », il n’en reste pas moins que notre empreinte écologique ne cesse d’augmenter. À titre d’exemple, la maison américaine typique est aujourd’hui 40 % plus grande qu’il y a vingt-cinq ans, alors même que la taille de chaque foyer s’est réduite. Dans le même temps, les mammouths du genre 4x4 (qui représentent 50 % des voitures particulières) ont envahi les autoroutes, tandis que la taille des surfaces commerciales par habitant - un moyen indirect, mais fiable, de mesurer l’augmentation de la consommation - a quadruplé.
Autrement dit, nous sommes trop nombreux à parler d’écologie tout en conservant un mode de vie surdimensionné – donnant ainsi du grain à moudre aux conservateurs qui multiplient les tribunes fustigeant cyniquement les factures d’électricité d’Al Gore. Nous sommes désespérément drogués aux énergies fossiles, au shopping compulsif, à l’expansion suburbaine et au régime carnivore. Les Américains pourront-ils jamais renoncer volontairement à leurs 4x4, à leurs hamburgers, à leurs énormes manoirs de banlieue et à leurs sacro-saintes pelouses ? Surprise : la bonne nouvelle nous vient du passé. 
Dans les années 1940, les Américains combattaient simultanément le fascisme à l’étranger et le gaspillage chez eux. Mes parents, leurs voisins, et des millions d’autres Américains laissaient la voiture au garage pour se rendre au travail à vélo, retournaient leur pelouse pour planter des choux, recyclaient les tubes de dentifrice et l’huile de cuisson, prêtaient bénévolement leurs services aux crèches et aux centres de l’United Service Organization [1], offraient le gîte et le couvert à des inconnus, et s’efforçaient consciencieusement de réduire leur consommation et d’éviter le gaspillage inutile. La Seconde Guerre mondiale donna ainsi lieu à la plus grande expérience d’écologie populaire de l’histoire des États-Unis. Lessing Rosenwald, le directeur du Bureau pour la conservation des matériaux industriels, exhortait ses compatriotes « à passer d’une économie de gaspillage – et on connaît les habitudes de ce pays en matière de gaspillage – à une économie de préservation. » Une majorité de civils répondit à l’appel, certains à contrecoeur, beaucoup avec enthousiasme.

Le symbole le plus célèbre de ce nouvel état d’esprit était les « jardins de la victoire ». Initialement encouragés par l’administration Wilson pour lutter contre la pénurie alimentaire pendant la Première Guerre mondiale, les jardins potagers communautaires ou familiaux sont réapparus au début du New Deal et furent alors élevés au rang de stratégie de subsistance pour les chômeurs. Au lendemain de Pearl Harbor, l’enthousiasme populaire fit céder les résistances des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture et fit des « jardins de la victoire » le dispositif central de la campagne nationale « Food Fights for Freedom ».

Dès 1943, haricots et carottes poussaient sur la pelouse de la Maison-Blanche et, à l’instar de la Première Dame Eleanor Roosevelt, près de 20 millions de « jardiniers de la victoire » assuraient 30 % à 40 % de la production nationale de légumes – permettant en retour aux fermiers de nourrir la Grande-Bretagne et la Russie. Dans The Garden Is Political, un recueil de poèmes populaires publié en 1942, John Malcolm Brinnin saluait ces « mètres carrés d’internationalisme » surgissant dans les villes américaines. Même si les jardins de la banlieue et de la campagne étaient plus étendus et souvent plus productifs, certains des horticulteurs les plus enthousiastes étaient les enfants des centres-villes, reconvertis en paysans urbains fiers de leur capacité d’autosubsistance. Dans les grands centres industriels du pays, avec l’aide des boy-scouts, des syndicats et des centres sociaux, des milliers de sinistres terrains vagues couverts d’ordure furent transformés en jardins communautaires. À Chicago, 400 000 écoliers s’engagèrent dans la campagne « Clean Up for Victory », destinée à récupérer de la ferraille pour l’industrie et à nettoyer des parcelles pour les transformer en jardins.

samedi 4 février 2012

VICTORY GARDEN of TOMORROW (artivisme)

La crise actuelle et la fin du capitalisme implique que nous devenions tous plus ou moins un peu jardinier.

En 1943 Eleanor Roosevelt contribua au lancement d’un mouvement des « Jardins de la Victoire » qui devinrent une contribution conséquente à l’alimentation de la nation en temps de guerre.
Des « Jardins de la Victoire » étaient cultivés jusque sur les toits des immeubles.
A la fin de la seconde guerre mondiale, plus de 20 millions de jardins privés fournissaient 40% des produits consommés aux USA.



***



A Portland, Etats-Unis, l’artiste Joe Wirtheim a récemment remis au goût du jour et détourné des affiches de propagande utilisées lors des deux guerres mondiales afin de promouvoir le jardinage (cf. la fiche Wikipedia sur les Victory Garden)… pour lancer une campagne incitant les américains à “l’innovation civique” et au “progrès social”.
Une affiche d’époque
Intitulé “Victory Garden of Tomorrow” (VgoT – “les jardins de la victoire de demain”), cette campagne entend rappeler l’ingénuité dont l’Amérique a su faire preuve  à l’époque face à l’ennemi tout en l’incitant à en user pour combattre les problèmes actuels.
Ainsi que l’explique l’artiste sur TreeHugger:
I started reading some history and looking up period poster art, and fell in love with the idea of the “victory garden”. The history of it is so simple and charming – I especially liked the active voice in the poster art, like: “Help Harvest” or “Can all you Can” about canning vegetables for winter. These were all very classic folk activities, doing things like growing vegetables, canning them. There were others like collecting salvaged steel, aluminum, and rubber which I felt was perfect – its like not only going back to classic folk values, but then cleaning up the industrial mess that we appear to buried in.
Cette campagne me rappelle étrangement celle des Green Patriots Posters… et confirme à mes yeux la facilité avec laquelle les activistes écologistes américains établissent un parallèle entre les efforts nécessaires actuellement pour changer de paradigme et les efforts de guerre réalisés lors de la seconde guerre mondiale.
Et vous, ce type de campagne et d’affichage vous parle-t-il ? Pensez vous que cela pourrait nous inciter, en France, à devenir plus locavores ?

vendredi 3 février 2012

Tout conspire pour l'insignifiance

La Montée de l’insignifiance, de Cornelius castoriadis
Emission de Daniel Mermet, 1996 à écouter :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1039

Ni Dieu, ni césar, ni tribun!…

Daniel Mermet. — Pourquoi ce titre, la Montée de l’insignifiance ? Est-ce la caractéristique de l’époque ?
Cornelius Castoriadis. — Ce qui caractérise le monde contemporain, ce sont bien sûr les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, etc., mais ce qui me frappe surtout, c’est précisement l’insignifiance. Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Actuellement, elle a perdu son sens. Non pas parce qu’il n’y a pas de quoi nourrir une querelle politique et même une très grande querelle politique, mais parce que les uns et les autres disent la même chose. Depuis 1983, les socialistes ont fait une politique, puis Balladur est venu, il a fait la même politique, puis les socialistes sont revenus, ils ont fait avec Beregovoy la même politique, Balladur est revenu, il a fait la même politique, Chirac a gagné les élections en disant : « Je vais faire autre chose », et il fait la même politique. Cette distinction manque de sens.
D.M. — Par quels mécanismes cette classe politique est-elle réduite à cette impuissance ? C’est le grand mot aujourd’hui, impuissance.
C.C. — Ce n’est pas un grand mot, et ils sont impuissants, c’est certain. La seule chose qu’ils peuvent faire c’est suivre le courant, c’est-a-dire appliquer la politique ultralibérale qui est à la mode. Les socialistes n’ont pas fait autre chose, et je ne crois pas qu’ils feraient autre chose revenus au pouvoir. Ce ne sont pas des politiques à mon avis, mais des politiciens – au sens de micropoliticiens. Des gens qui font la chasse aux suffrages par n’importe quel moyen.
D.M. — Le marketing politique ?
C.C. — C’est du marketing, oui. Ils n’ont aucun programme. Leur but est de rester au pouvoir ou de revenir au pouvoir, et pour cela ils sont capables de tout. Clinton a fait sa campagne électorale en suivant uniquement les sondages : « Si je dis ceci, est-ce que ça va passer ? » En prenant à chaque fois l’option gagnante pour l’opinion publique. Comme disait l’autre : « Je suis leur chef, donc je les suis. » Ce qu’il y a de fascinant dans l’époque, comme dans toute époque d’ailleurs, c’est comment cela conspire. Il y a un lien intrinsèque entre cette espèce de nullité de la politique, ce devenir nul de la politique, et cette insignifiance dans les autres domaines, dans les arts, dans la philosophie ou dans la littérature. C’est cela l’esprit du temps : sans aucune conspiration d’une puissance quelconque qu’on pourrait désigner, tout conspire, au sens de respire, dans le même sens, pour les mêmes resultats, c’est-à-dire l’insignifiance.
Emission de Daniel Mermet à écouter : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1039

LES EFFETS DU POUVOIR


Minitel 2.0


Non, la chute de MegaUpload n’est pas du tout une mauvaise nouvelle pour internet, bien au contraire. Cela tient au fait que MegaUpload (comme DailyMotion, Youtube, mais aussi Google, Facebook et dans une moindre mesure Wikipédia) fonctionnent tous sur le modèle technique du réseau dit « en étoile », c’est à dire un réseau centré tel qu’on savait déjà le faire dans les années 50. L’image typique retenue par Bayart à ce sujet est celle du minitel. C’est ce type de réseaux qui est contrôlé (parce que facilement contrôlable, puisqu’il suffit d’intervenir sur le serveur « source » pour tout bloquer) et susceptible d’être coupé à tout instant par ses détenteurs.
Ce modèle technique est en opposition frontale avec celui de l’internet, qui est fondamentalement (i.e. à ses origines) un modèle de réseau décentré, dans la mesure ou chaque poste est à la fois client et serveur. Un tel réseau est par construction incontrôlable puisqu’il s’agirait de pouvoir intervenir sur chaque connexion poste à poste, ce qui dans un monde (de centaines?) de millions de postes individuels est inconcevable.
Les opérateurs établis contrôlent certes le réseau « haut débit » (pour les particuliers, ce qualificatif n’est valable qu’en réception tandis que l’émission est volontairement bridée par l’oligopôle en place) mais rien n’empêche des voisins de tirer leurs propres câbles chez les uns et les autres et d’ainsi recevoir ET émettre sans entrave.
P.S. A méditer également sur la conférence, le modèle économique des télécoms, ou comment faire grossir très artificiellement les volumes d’échanges…

LA CIVILISATION DE RACCOURCIR L'ESPÈCE


En 1797 il [Thomas Paine] dédie au Directoire un libelle, La justice agraire…, dont le sous-titre précise : « Contenant un plan pour améliorer la situation générale de tous les hommes ». L’argumentation générale, remarquable, reste toujours, malheureusement, plus actuelle que jamais.
« C’est encore une question fort incertaine, se demande-t-il d’entrée de jeu, de savoir si l’état de société qu’on intitule orgueilleusement, et peut-être indûment la civilisation, a augmenté ou diminué le bonheur de la race humaine en général ». Mettant en contraste la misère hideuse qu’on constate dans toutes les villes d’Europe et celle d’un Indien d’Amérique, misérable au regard « de nos personnages opulents », mais tel « un jour de fête perpétuel » à celui de nos misérables, il conclut que la civilisation « a rendu une partie des hommes plus riche et l’autre plus pauvre qu’ils ne le seraient dans leur état primitif ou naturel ». La question politique première, à laquelle toutes les autres sont subordonnées, est celle de savoir comment rendre l’état de société et de civilisation préférable à l’état de nature aux yeux de la grande majorité des êtres humains alors que c’est actuellement, poursuit-il, la situation inverse qui prévaut.
Qui peut douter que ce sera là la question première du XXIe siècle également : comment éviter qu’une partie de l’humanité, rendue d’autant plus pauvre que l’autre sera toujours plus riche ne préfère systématiquement « l’état de nature », autrement dit la guerre de tous contre tous, à l’état de société ? Et le risque qu’il en soit ainsi sera d’autant plus grand si l’état de société devait se révéler n’être lui-même qu’une autre forme d’état de nature et de guerre, la guerre économique et financière de tous contre tous.

Seule l'initiative privée est assez imaginative pour créer la faim à partir du pain!

L’humanité s’est donné un destin commun : le positif de tous ces risques qui nous menacent, de toutes ces crises systémiques, c’est que l’humanité peut devenir le sujet de sa propre histoire. Elle a commencé, avec Hiroshima, à comprendre qu’elle était le sujet négatif de son histoire. Elle pourrait, à l’heure de Fukushima, devenir le sujet positif de son histoire.
Quand on parle de gouvernance, on tient toujours à y mettre la fonction de défense, qui fait partie de la souveraineté. Or, que serait un ministère de la défense de l’humanité ? Le propre d’un ministère de la défense, c’est d’analyser les menaces et d’y répondre. Existe-t-il des menaces lourdes qui pèsent sur l’humanité ? La réponse est oui. Mais ces menaces ne viennent pas de l’extérieur. La barbarie n’est pas extérieure, elle est intérieure, et l’Europe a payé un prix assez lourd pour avoir conscience que la barbarie peut naître au cœur des civilisations.