dimanche 25 septembre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

Il n’y a pas que les Etats qui réduisent violemment la voilure, les grands groupes aussi à l'image de VEOLIA (voir le paragraphe « accélération du recentrage des opérations du groupe », ça a l’air anodin mais c’est du brutal).


 Avant il fallait diversifier, maintenant il faut recentrer.
 
C’est beau la foi.

SURVIVALISME APOCALYPTIQUE, LA SUITE

La ruine de l'Antiquité fascinait l'époque des Lumières finissantes, avec notamment , en cette même année 1776 où Adam Smith publiait «  La richesse des nations », le britannique Edward Gibbon publiait son « Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain ».

En 1939, le livre « Les raisins de la colère » s'achève sur une scène hautement symbolique. Une jeune mère, qui a vécu l'éclatement de sa famille par la Grande Dépression et une chute continuelle vers le dénuement, se retrouve au milieu de la désolation calme et morne d'un Déluge qui finit d'emporter les derniers vestiges de la civilisation. Son enfant est mort, elle allaite un vieillard affamé. L'hiver 1932-1933, c'était déjà le grondement de l'Apocalypse.


Dans la culture des Etats-Unis, l'Apocalypse selon Saint Jean tient une place de choix, alors que texte est d'un intérêt bien plus mince en Europe. Elle est ressentie à la fois comme un châtiment pour cette Sodome & Gomorrhe, cette Grande Prostituée régnant sur le monde, mais aussi comme une libération et un retour au jardin d'Eden, qui ressemble furieusement au 19ème siècle américan tel qu'il fut fantasmé par Hollywood. Un exemple des plus directs est le roman (puis le film) « The Postman ». Tea Party est en partie bâti sur ce fantasme (adulation du "cowboy d'opérette – président" R. Reagan incluse).


Une partie des « survivalistes » américains vit dans cette optique d'un chambardement certes immense (car *américain*, en quelque sorte) mais auquel on survivra car on aura accumulé armes, munitions et nourriture – que l'on se gardera bien de donner aux nécessiteux car ce serait gâché.

Il y a dans cette vision des survivalistes « mainstream »une réelle rage, une impatience de régler ses comptes dans un Grand Soir sans programme politique, et qui ressemblerait quand même beaucoup aux pogroms médiévaux.

Or, pour une autre frange des survivalistes, qui sont plus des « alternatifs » cherchant à vivre sainement, ou au moins d'une manière moins toxique que l'américain moyen (« leaving the rat race »), l'effondrement est celui du Système (tel qu'il est décrit par Dedefensa). Les influences sont multiples, mais une des références récurrente est le Manifeste d'Unabomber (où Theodore Kaczynski s'inspire confusément des écrits du théologien français Jacques Ellul, dans une sorte de « remake » US).


Dans tous les cas, il s'agit de gens accablés mais non encore broyés par le Système, très souvent issus de cette fameuse classe moyenne qui n'a cessé de se déliter depuis au moins les années 1980, et qui semble vivre ses derniers moments. Les survivalistes "mainstream" ont encore l'illusion de valoir plus que cette immense classe populaire, en grande paupérisation, que sont devenus les Etats-Unis.


Un film de 1972, « Delivrance » du britannique John Boorman, nous livre un regard intéressant sur cette illusion. Il montre des citadins dans un endroit « sauvage » encore présérvé du Système, mais que celui-ci va bientôt dévorer (un barrage va être construit). Un de ces citadins est Burt Reynolds, héros viril de l'époque s'il en est, qui se professe d'une forme de survivalisme, hésitant entre le « mainstream » et « l'aternatif ».. Pourtant face à l'accumulation des difficultés il se « dégonfle », et c'est un pékin moyen qui doit tirer les marrons du feu pour tout le monde. Les locaux sont à la fois source danger mais aussi d'humanité, une famille les incluant dans leur cérémonie de deuil.


Le survivalisme « mainstream » est une expression du Système. On en tire les moyens de vouloir s'en affranchir, sans le pouvoir : les critères de valeur ont été faussés par le Système, ce n'est qu'un marketing ciblé de plus, comme le 4x4 qui permet de rêver à l'évasion et à la liberté en attendant la fin de l'embouteillage des heures de pointe.


Il y a bien, dans chaque cas, la perception d'un monde moribond, avec l'espoir ou la certitude d'y survivre, comme on croit finalement à la vie après la mort. Peut-être les caves emplies de boîtes de conserve et de munitions sont-elles nos momifications à nous (avec les bunkers du CMI - « Continuity of Goverment » en guise de Vallée des Rois, pour l'émerveillement de sociétés d'un avenir lointain).


Mais lorsqu'on se prépare à vouloir surmonter l'Apocalypse, c'est que l'on a décidé que le monde ne pourrait plus être sauvé, engoncé qu'il est dans son surplus de puissance inutile. Lorsque non seulement vos amis ne peuvent plus vous sauver de votre démarche suicidaire (Veto français de 2003 ?), mais même vos propres gens, cela signifie simplement qu'il est trop tard.

samedi 24 septembre 2011

LA MAQUINA HUMANA

Fuente: Pepitas de calabaza editorial
 
Reseñado de "El mito de la máquina" de L. Mumford por Eugenio Trías en el ABC cultural.
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Lewis Mumford propuso una nueva hipótesis de la evolución humana en “El mito de la máquina”. Una crítica al progresismo decimonómico a favor del cerebro y el lenguaje.

El mito de la máquina fue publicado en 1964. Ahora ha sido reeditado en castellano. Es muy importante que los grandes libros sigan vivos. Y es muy de agradecer que una editorial se ocupe de publicar este, junto con su continuación, El pentágono del poder. Me referiré solo al primero, que ya había visitado a principios de los años 70. Al volver a leerlo he quedado tan impresionado como la primera vez.
Se trata de un fresco sobre la evolución humana que se traza a partir de una hipótesis muy convincente. Parte de una crítica demoledora de la idea de homo faber tan propia del progresismo decimonónico, en el que se primaba la herramienta y la mano como responsables de la evolución del hombre.
La idea de homo faber debe ser cuestionada, al decir de Lewis Mumford. Es Johan Huizinga y su homo ludens, y no Karl Marx, el que mejor se acerca a la clave de la evolución humana que el “materialismo histórico” pretendía descifrar a través de una lucha de clases de claro contenido material, del cual cultura es un constructo ideológico. El hombre no es ante todo sujeto fabril, ni la invención de la piedra pulimentada es la responsable de los grandes tiempos prehistóricos.
Es necesario repensar la evolución humana a partir de una hipótesis bien distinta, dando primacía al hecho más incuestionable, que no es la creación de utensilios manuales, sino la formación de una cerebro muy superior al de toda la escala evolutiva, capaz de concebir los más audaces proyectos y, sobre todo, con un excedente de imagen, de deseo y de pulsiones enfrentadas que se documenta en sus sueños.
Antes de la eclosión de las pinturas y esculturas rupestres, mucho antes de los inicios de asentamientos, algo portentoso había sucedido. Se trata de unas invenciones extraordinarias: ante todo el lenguaje, aquel con el que el homo sapiens convierte un mundo de cosas en un sorprendente universo de palabras, con la gestación consiguiente de la significación y el sentido. Y junto al magno invento del lenguaje, la capacidad de acompasar cuerpo y movimiento en la incipiente música danzada; o la intervención en el propio cuerpo a través de tatuajes y pinturas.
El hombre no es ante todo, señala Mumford, un animal fabricante de herramientas. Es, sobre todo, un animal soñador, capaz de ser invadido, en una proporción jamás comparable a los sueños animales, por auténticos relatos procedentes de ese “otro mundo” que sugiere ya, desde el desdoblamiento onírico, un mundo más allá de este mundo. Se gesta así la cultura humana: el asombro de ese animal en vías de humanización por sus ancestros, sus muertos; el temor sagrado que impone la muerte; el alborozo ante el nacimiento; la fuerza sacra que esparcen los misterios de su vida (sexualidad, violencia, crímenes); todos aquellos componentes que explican, mucho mejor que la evolución de las herramientas, el trascendental pasaje de la naturaleza a la cultura.

Dioses, demonios, armas
Incluso en situaciones de precaria subsistencia, el hombre buscó siempre tiempos libres. De él derivaron sus grandes hallazgos e inventos, siempre filtrados por sus sueños. No a partir de la praxis sino de la contemplación y de la conversación ociosa. También inició sus reflexiones sobre los misterios de la reproducción, de la muerte, de la supervivencia. De pronto toda su imaginación se vuelca en la creación de figuras de dioses, demonios, espíritus, almas. El sol, la luna, las constelaciones, con sus signos zodiacales, son los principales candidatos a la divinización
Y al fin sucede otra trascendental mutación. Se crea y construye la Megamáquina. Este es el momento más brillante del libro de Mumford. Era la ciudad, desde sus orígenes en Egipto y Mesopotamia, lo que mejor respondía a esa noción de Megamáquina. Pero lo que le produce asombro y consternación a Mumford, ya lo que consagra muchas inspiradas páginas, es lo que a todos nos ha conducido a contemplar, sin creérnoslo del todo, la erección ante nuestros ojos, muy cerca de los confines de El Cairo, de esa prodigiosa pirámide de Gizeh, la más perfecta de todas.
¿Qué mente pudo idear tamaño proyecto?¿Cómo fue posible el traslado a través de ríos y desiertos de piedras inmensas que luego fueron perfectamente pulimentadas?¿Qué extraordinario equipo de artesanos logró tal perfección y exactitud en las piedras , y en su ajuste piramidal?¿Qué gran equipo de arquitectos, dignos antepasados de Albert Speer, el colaborador de Hitler, logró esa proeza?
Mumford responde: fue obra de la Megamáquina. Pero esta no era, a su entender, un dispositivo mediante el cual se daba el perfecto pulimentado a esos bloques de piedra, sino algo mucho más importante y decisivo, y que la alusión hitleriana, y su escenografía de desfiles que Albert Speer preparaba, le da total pertinencia.
Esa exactitud sin un solo fallo de ejércitos en batallón, formaron ante el Führer , con el cuerpo perfectamente disciplinado, tuvo en el antiguo Egipto su magno precedente: una masa humana adiestrada hasta formar una máquina de mucha mayor potencia, maestría y exactitud que todos los logros de la automoción (o esa mecanización exaltada en un gran libro de Sigfried Giedion, La mecanización toma el mando).

Torre de Babel
El hombre no intercaló la máquina entre él y la naturaleza; lo hizo, pero eso no fue el primum movens, el primero y decisivo impulso y proyecto. A partir de un cerebro divinizado dirigente y de su jerarquía de capataces, educadores y funcionarios, logró conformar el cuerpo humano de una masa infinita de hombres adiestrados y disciplinados, verdaderos ejércitos de movimientos automáticos perfectos. Eso era la Megamáquina: una masa de cuerpos capaz de las mayores proezas al ser accionados por una voz de mando. Los campesinos y los cazadores fueron transformados en un hiperejército máximamente adiestrado de masas humanas dedicadas a transportar moles de piedra y a juntarlas en un puzle perfecto.
Batallones en formación extraordinariamente disciplinada, de una exactitud sorprendente, bajo el hechizo seductor del cerebro dirigente divinizado, el Faraón, y con el santo temor del látigo del capataz, el castigo, las torturas , las condenas, y una burocracia de escribas de natural prekafkiano. Todo un universo jerárquico que vigilaba y castigaba, pero también hechizaba y seducía (en la figura divinizada del Faraón) a un inmenso cuerpo movilizado a través de la esclavización de ingentes masas de prisioneros, o del servicio obligatorio –seguramente periódico- del campesinado del Nilo.
Por momentos este gran libro parece discurrir por cauces que habíamos visto en el mejor cine mudo, en escenas de Metrópolis, de Fritz Lang, a través del sermón de María sobre la construcción de la Torre de Babel. Masas de hombre formando un bloque sin fisuras, arrastrando moles de piedra en una época anterior a la invención de la rueda.

Un libro fascinante. Dejo para otra ocasión internarme en el segundo volumen. Hay que agradecer que las mejores lecturas de nuestra vida sigan vivas en nuestra cultura, revisitadas en valientes editoriales, y a través de buenas traducciones.

Apocalypse USA, ou le besoin de catastrophe…

La fin de l’Amérique est, aux USA, un “thème porteur”. Le livre Aftershock: Protect Yourself and Profit in the Next Global Financial Meltdown, de David Wiedemer, Robert A. Wiedemer et Cindy S. Spitzer, est devenue une institution dans ce domaine de la programmation de l’apocalypse américaniste. Un peu comme une série TV, il y a une première édition en 2009, suivie d'une seconde, révisée à mesure des événements et à la hausse en 2011, avec 160.000 exemplaires vendus pour cette édition. Le site Newsmax.com, qui travaille beaucoup dans les prévisions apocalyptiques, s’est associé aux deux Wiedemer pour produire une vidéo qui a un succès remarquable (10 millions d’exemplaires vendus). Intitulée Aftershock Survival Summit, la vidéo décrit le sort prévu de l’Amérique, peut-être dès la fin de 2011, sans aucun doute en 2012, et la façon de protéger ses avoirs et ses capitaux dans de telles circonstances si troublées de l'effondrement sans doute tonitruant de la chose.
Le 14 septembre 2011, le site Moneynews.com publiait un article sur le thème.
«Robert Wiedemer, author of The New York Times best-selling book Aftershock, has been lumped in with these “End of America” economists. His disturbing prophecy of a 90% stock market drop, 100% annual inflation, and 50% unemployment, starting in 2012, definitely sounds like the end of America is near.
»“I didn’t believe his claims at first. They seemed extreme,” confessed Aaron DeHoog, the financial publisher at Newsmax Media, after a private meeting with Wiedemer in Palm Beach, Fla. “But then he showed me the evidence. It was eerily alarming.” After seeing the same charts as DeHoog, Russ H., a financial adviser from Wichita, Kan., said, “It scared the hell out of me. It was a great wake-up call.”»
Plus loin, l’article nous explique que les choses ne vont pas tout seul. Le “message”, publicitaire ou pas c’est selon, ne passe pas dans tous les médias de la presse-Système, car la presse-Système est toujours déchirée entre l’amour vertueux du profit et la protection de l’intégrité vertueuse du Système. Pourtant, le “message” n’est pas sans espoir, nous dit le même Aaron DeHoog…
«But it wasn’t without cost. Certain media outlets have banned the message, claiming it was “too controversial.” At one point, Wiedemer says Washington’s “medicine has become the poison. And the money from heaven has become a path to hell.”
»DeHoog doesn’t disagree with the controversial tone of the video. “Wiedemer tells it how it is. He unapologetically names names, points fingers, and leaves no stone unturned.” However, DeHoog adds, “It is important to understand that ‘the end of America’ is not our message. Hope is not lost. In fact, we think the United States will emerge from these trials stronger than ever. And those who prepare now will prosper financially.”
»And he says there is a special bonus for viewers…»

vendredi 23 septembre 2011

AMERIKA IS ADRIFT (Un scénario de tragédie grecque qui finit par susciter la compassion)

SOURCE :  DEDEFENSA


Il est entendu, comme nos lecteurs le savent, que nous tenons pour particulièrement essentiel les constats de “climat” et d’“humeur” des situations, très souvent bien plus que les faits dont on connaît l'extrême relativité. Cela est singulièrement vrai, au-delà de tout précédent, dans une époque où le système de la communication tient une place prépondérante dans l’expression et le déplacement des courants également essentiels de notre époque, pour exprimer les puissances en jeu. C’est pour cette raison que nous accordons une place importante à ce texte de Harlan K. Ullman, du 21 septembre 2011 (sur UPI et Spacewar.com) ; parce que Ullman est une de nos références pour bien nous faire sentir et mesurer l ‘évolution du “climat” et de l’“humeur”, c’est-à-dire l’évolution de la marque et de la pression sur la psychologie de l’évolution des événements, et la perception qu’on en a ; parce que Ullman, à plus d’une reprise, a montré, par ses analyses, qu’il ressentait assez justement l’évolution de grandes tendances et événements qui sortent des références-Système habituelles pour rendre compte de la vérité de la situation. C’est lui, notamment, qui a bien défini cette “politique de l’idéologie et de l’instinct” du Système à laquelle nous nous référons souvent. 

(Cela ne signifie pas du tout que Ullman soit un critique du Système, encore moins un “dissident” ; au contraire, il est un représentant “honorable” de cette “élite” qui sert le Système, et l’américanisme dans ce cas. Mais il se trouve qu’il est évidemment plus lucide que nombre de ses pairs et, pour cette raison, il est conduit à des considérations plus proches de la vérité de l’état du Système ; conscient de l’urgence de la situation, il n’hésite pas à exposer ces considérations et il devient ainsi, nous dirions “objectivement” et sans porter de jugement sur lui, une source précieuse pour comprendre la véritable situation du Système.) 

Dans sa chronique, Ullman développe un constat : l’Amérique n’est plus respectée. Il cite diverses circonstances, que ce soit la façon à la limite de l’agacement et du mépris avec laquelle les Européens ont accueilli les conseils du secrétaire au trésor Geithner pour la crise de l’euro, l’impression catastrophique causée par la crise puis l’accord de la dette du gouvernement à Washington, la position en retrait des USA dans l’affaire libyenne (le fameux et pathétique “leading from behind” d’Obama), l’isolement et la perte d’autorité US dans l’affaire de la reconnaissance de l’Etat palestinien, la perception d’un état de crise chronique de la puissance US au niveau intérieur (économie) et extérieur (situation de l’OTAN, Afghanistan, etc.). Ullman ajoute un aspect fort peu rendu public de la récente série d’attaques effectuées contre les “institutions” US et de l’OTAN à Kaboul, qu’il attribue à une influence, sinon une intervention quasiment directe d’éléments pakistanais chez les talibans, signifiant par là que le Pakistan s’implique directement dans une politique d’intervention anti-US en Afghanistan. Il nomme cela “irrespect” pour la puissance US, ce qu’on pourrait traduire par un signe de plus de notre diagnostic d’effondrement : «A final example of disrespect, senior U.S. officials say that last week's attacks attributed to the Haqqani network against military and diplomatic headquarters in Kabul were a signal to the United States of the reach of certain elements in Pakistan to affect events in Afghanistan.» 

SITUATION DE TRANSHUMANCE

L'âge des Tempêtes. 

C'est quoi?
C'est quand ça mouille. C'est comme le réel, quand on se cogne, c'est qu'on y est.

C'est quoi encore? C'est quoi cette expression que nous utilisons depuis quelques temps déjà. 
Elle fait référence à une suite qui nous tire de l'entre-deux, l'âge lamentable où apparemment rien ne bouge, en fait crédit à mort pour alimenter le cadavre du capital.

Enfin...nous y sommes, mais comme le dériveur ne voit pas ou plutôt ne peut voir la vague qui l'engloutit, on ne peut chevaucher l'ouragan et diriger la tempête. C'est donc le sentiment, aigu et diffus, mêlé donc, de ce qui s'invite là présentement.

jeudi 22 septembre 2011

Notre mystique est physique et complètement délirante


Il faut voir la physique comme une mystique, les bouleversements de l'esprit ont mis des siècles à se projeter de quelques esprits allumés à l'opérativité de la matière, transformée par le chiffre. Pour autant la dynamique de contestation et de falsification qui anime le mystique est de celle qui sert d'aiguillon au meilleur esprit scientifique (que l'on se rappelle du rôle de l'alchimie comme pont entre ces deux positions). Pour autant aussi la mystique dans son attachement, dans son caractère fusionnel avec ce qui est, le grand tout, dieu, etc, est un crypto-animisme ou un animisme rénové, réformé, qui se traduit par une puissance d'attachement avec le monde. La rationalité scientifique est tout autre dans ses postulats affichés, elle rejette la subjectivité (et plus encore tout idée de poétique, qui dans ses méandres avec le monde tissent des liens d'amour et de haine), sépare le monde de soi, et jette ses rets sur lui afin de soi-disant l'objectiver. 
Il n'en reste pas moins, que ce sont toujours les mêmes structures anthropologiques qui orientent le mystique et le scientifique, c'est à dire une base émotionnelle, qui d'un côté se construit par une poétique volontariste et de l'autre de manière prétendument rationnelle (c'est à dire dépourvue de cette base). Cette différence a une conséquence fâcheuse, le reniement pathologique, et des effets terribles, la différence radicale établie entre ce qu'est le monde et notre subjectivité, a déclenché une immense opération de recouvrement du monde, matériellement, qui finalement nous enferme dans un monde sans alternative, refusant l'ombre, sans parenté avec le mystère, et qui de surcroît meurt de trouille dans sa caverne super-équipé.
Nous n'aimons pas le monde, nous avons peur du monde, alors nous le repeignons souvent. Au lieu de l'écouter.
Ce n'est que dans les aspects les plus pointues de la physique, les controverses cosmologiques, que finalement le courage de la beauté mystique réapparaît redistribuant et rebattant les cartes de ce qu'il y a, de ce qui est (ou pas), cette physique là fabrique de nouvelles mythologies, une véritable activité spéculative d'origine et de type mystique, malheureusement beaucoup trop éloigné du commun des mortels, et surtout réfractaire à une traduction poétique, les quelques tentatives artistiques intéressé par la jonction avec la science n'étant pas de l'ordre du poétique (mais du marketing). Et comment pourraient-elles l'être, cela fait longtemps que l'art n'a plus rien de poétique. Il n'y a plus de mystère en partage. L'étrangeté radicale du monde que l'on compense de manière hystérisé en le recouvrant d'artefacts physiques et psychiques, n'est plus vécu que sur ce mode pathologique effréné. Un délire sans goût.

UN RETOUR SUR LES INDIGNÉS À PARIS-PIÈGE

 SOURCE : INDYMEDIA PARIS ÎLE-DE-FRANCE

Depuis déjà plusieurs mois, on a vu pointer dans plusieurs pays d’Europe le mouvement dit des « indignés » ou « démocratie réelle ».
Ici comme ailleurs, celui-ci à donné lieu à plusieurs réflexes conditionnés, pièges et écueils qui touchent en général les « mouvements sociaux » : le fétichisme des pratiques d’abord (comme l’occupation de places, le sitting, les happening ou la manifestation plan-plan et maintenant la marche...) et la limitation stricte du mouvement à ces pratiques, le démocratisme ensuite (le respect religieux et le privilège donné aux décisions collectives prises en assemblées « représentatives du mouvement »), le « nihilisme citoyen » (respect borné de la loi, du vote, des « droits » donnés et des devoirs exigés par l’Etat) et la « non-violence » dogmatique (qui va jusqu’à prôner la violence policière contre ceux ou celles qui refusent ce dogme) et donc l’hégémonisme (la prise de contrôle du mouvement par une de ses franges), et surtout : l’absence de perspective révolutionnaire et l’enfermement dans des revendications abstraites et réformistes. Loin de représenter un sursaut révolutionnaire, ou une authentique révolte spontanée, ce mouvement des indignés s’inscrit bien plutôt dans la pacification de toute contestation réelle (de par le rejet de l’action directe), la militarisation de l’Etat (les guerres menées à l’étranger et le renforcement de la répression intérieure sur lesquels le silence des « indignés » est plus que suspect) et la montée du fascisme dans la société, au travers de ce mouvement notamment.

mercredi 21 septembre 2011

"Nous y sommes" par Fred Vargas

Fred Vargas est archéologue et écrivain (de romans policiers très recherchés notamment). C’est un vrai régal de la lire quand elle se met à flinguer le monde fou de la surconsommation et de la croissance.

Nous y voilà, nous y sommes...

Depuis 50 ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés. On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.
Mais nous y sommes : la Troisième Révolution qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie. «  On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidement, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés). S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie – une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

SEGUN LEAB, EL "PERFECT STORM" ES PARA NOVIEMBRE

 Crisis sistémica global - El cuarto trimestre 2011: Fusión implosiva de los activos financieros mundiales

Como lo anticipara el LEAP/E2020 desde noviembre de 2010, y en varias oportunidades hasta junio de 2011, el segundo semestre de este año se inicia claramente una súbita recaída de la crisis. Cerca de 10.000 millardos de USD de los 15.000 millardos de activos-fantasmas, anunciados en GEAB N° 56, ya se han volatilizados. El resto (y probablemente mucho más) lo va a hacer durante el cuarto trimestre de 2011 el que se caracterizará por, lo que nuestro equipo llama, « la fusión implosiva de los activos financieros mundiales ». Los dos principales centros financieros mundiales, Wall Street en New York y la City en Londres, serán los « reactores privilegiados » de esta fusión. Y, según lo previsto por el LEAP/E2020 desde hace varios meses, es la solución de los problemas de la deuda pública de algunos estados de Eurolandia lo que permitirá a esta reacción alcanzar su masa crítica, después de lo cual nada será controlable; pero es en Estados Unidos donde se encuentra lo esencial del combustible que alimentará la reacción y la transformará en una real conmoción mundial (1). Desde julio de 2011 lo único que se hizo es empezar el proceso que conduce a esta situación: ¡lo peor está por delante y muy próximo!

Selon LEAB le "Perfect Storm" c'est pour Novembre

Crise systémique globale - Quatrième trimestre 2011 : Fusion implosive des actifs financiers mondiaux


Comme anticipé par LEAP/E2020 depuis Novembre 2010, et répété à plusieurs reprises jusqu'en Juin 2011, le second semestre de 2011 a bien débuté par une rechute brutale et majeure de la crise. Près de 10.000 milliards USD des 15.000 milliards d'actifs-fantômes annoncés dans le GEAB N°56 sont déjà partis en fumée. Le reste (et probablement beaucoup plus) va s'évanouir au cours du quatrième trimestre de 2011 qui sera marqué par ce que notre équipe appelle « la fusion implosive des actifs financiers mondiaux ». Ce sont les deux principaux centres financiers mondiaux, Wall Street à New York et la City de Londres, qui vont être les « réacteurs privilégiés » de cette fusion. Et, comme prévu par LEAP/E2020 depuis plusieurs mois, c'est la solution des problèmes de la dette publique de certains Etats de l'Euroland qui va permettre à cette réaction d'atteindre sa masse critique, après laquelle plus rien n'est contrôlable ; mais c'est aux Etats-Unis que se trouve l'essentiel du carburant qui va alimenter la réaction et la transformer en choc planétaire réel (1). Depuis Juillet 2011 nous n'avons fait qu'entamer le processus qui conduit à cette situation : le pire est donc devant nous et très proche !

Dans ce communiqué public du GEAB N°57, nous avons choisi d'aborder très directement l'immense opération de manipulation qui est organisée autour de la crise grecque et de l'Euro (2), tout en décrivant son lien direct avec le processus de fusion implosive des actifs financiers mondiaux. Par ailleurs, dans ce GEAB N°57, LEAP/E2020 présente ses anticipations du marché de l'or pour la période 2012-2014 ainsi que ses analyses sur le néo-protectionnisme qui va se mettre en place à partir de la fin 2012. Outre nos recommandations mensuelles sur la Suisse et le Franc suisse, les devises, l’immobilier et les marchés financiers, nous présentons également nos conseils stratégiques adressés aux dirigeants du G20 à moins de deux mois du sommet du G20 qui se tiendra à Cannes.

mardi 20 septembre 2011

France/Espagne: 1 frontière, 2 anarchies

L'anarchisme n'a de réelle existence que lorsqu'il est porté par le peuple. Un anarchisme de bourgeois ou de petit-bourgeois peut bien exister: il ne dépassera pas son milieu de classe et ne restera pas autre chose qu'une manifestation de marginaux. Quand il rejoint sa racine prolétarienne c'est bien différent et il est alors porteur d'une dynamique sociale. C'est sans doute la différence ici, dans les années 1930, entre l'anarchisme français se repliant sur lui-même, et l'anarchisme espagnol, pragmatique et créateur.
Cela a je crois marqué culturellement les classes ouvrières des deux pays. Dans l'un, plus empreint par le marxisme-léninisme - les "communistes" -,on méprise les intellectuels, et on les veut séparés des prolétaires, au service de ceux-ci. Dans l'autre, la culture et les intellectuels sont pleinement admis, sans préjugé. Les athénées libertaires avaient des bibliothèques où l'on trouvait toutes sortes de grands auteurs, que les "communistes" auraient traité "d'auteurs bourgeois". Un ouvrier anarchiste a souvent dans sa poche un bouquin qu'il lit en allant au boulot.
Un ami s'étonnait ainsi discrètement à la vue d'un vieux copain maçon en train de lire "Le Monde Diplomatique".
D'autres sont employés de collectivités...et créateur de films. C'est cette culture d'autodidacte et cette curiosité, sans préjugé, qui fait la force de l'anarchisme encore aujourd'hui.

Certains anarchistes, comme Bakounine, étaient des déclassés. Mais d'autres comme Elysée Reclus ou Kropotkine, tous deux géographes, étaient des savants unanimement reconnus. Leurs écrits et leur pensée libertaire ne valent, n'ont été pris en considération que parce qu'il y avait un courant populaire imprégnant toute la société même la bourgeoisie.

Les "vérités éternelles" de l'anarchisme sont aisément récupérées par le système capitaliste libéral s'il n'y a pas un mouvement de classe qui les soutient. A une certaine époque - il n'y a pas si longtemps que ça - certains anarchistes se réfugiaient dans le végétarisme, l'individualisme, l'athéisme, les communautés...sans vraiment remettre en cause le système dominant. Celui-ci ne pouvaient que regarder d'un oeil attendri ces "idéalistes".
Il n'en est pas de même lorsque le principe de la propriété est concrètement remis en question par la réquisition des terres et des entreprises comme lors de la Révolution Espagnole. Là ce sont des "rouges-assoiffés-de-sang", les pires des barbares.
En Espagne, dans les années 1930, il y avait peu de penseurs et théoriciens issus de la bourgeoisie ou même de la petite bourgeoisi, qui avaient rejoints le mouvement libertaire. On peut les citer sur les doigts d'une main. lsaac Puente, Diego Abad de Santillan - le seul aristocrate qui ait rejoint les anars - ... Les penseurs étaient tous issus des rangs prolétariens. Ce qui là encore ne cadre pas avec le schéma léniniste où l'avant-garde est forcément issu de la bourgeoisie. On ne connaissait guère les écrits de Bakunin. Mais les historiettes moralisatrices de Federica Montseny faisaient fureur.
En faites ce qu'il y à derrière l'anarchisme espagnol, c'est la réalité agraire, le monde paysan, el pueblo es el pueblo, le village c'est le peuple et inversement, c'est  à dire un lieu autonome qui ne vit que par lui-même où la solidarité n'est pas revendiquée mais naturelle, même égoïste si l'on se veut, mais la question ne se pose même pas,  "je t'aide comme tu m'aiderai", effectivement c'est une forme de pression sociale, mais au moins elle n'attend rien de l'état, elle n'est pas infantile, le troupeau humain se gère lui-même, il n'a pas besoin de berger.


jeudi 15 septembre 2011

Vaneigem ou l'or noir des situationnistes



Source : Non Fiction/Yann Ciret

Recension de l'ouvrage de Raoul Vaneigem, "Entre le deuil du monde et la joie de vivre".
 
Résumé : Mêlant l'autobiographie à la critique, Vaneigem dresse un bilan de sa participation au groupe situationniste, éternellement écartelé entre pulsion de mort et instinct de vie.


L’influence de Raoul Vaneigem sur la jeunesse de Mai 68 fut grande, peut-être se répandit-elle plus facilement que celle de La Société du Spectacle de Debord, dont les thèses arides semblaient s’inscrire dans le même marbre que celui que grave la loi. Les écrits de Vaneigem, plus ouvertement libertaires, laissaient déjà poindre l’anarchisme hédoniste de l’auteur futur du Livre des plaisirs et de Nous qui désirons sans fin. Jusqu’à présent, il n’était jamais revenu aussi précisément sur ses années situationnistes. Avec Entre le deuil du monde et la joie de vivre, on entre dans une critique du "situationnisme", ce que la culture et les médias ont fini par faire de ce courant entre esthétique et politique, puis plusieurs livres s’enchâssent ici dans une langue solide, flirtant avec un classicisme teinté de saillies baroques, précieuses.

Ce n’est pas le moindre des plaisirs de lecture de ce livre que d’y entendre un verbe roide, hautain parfois, épouvanté d’une rage sombre, tantôt nonchalante, puis en basse continue, se déchaînant contre l’anéantissement de l’humanité. Il faut le dire, il y a un style, un ton, un humour souvent sarcastique, que nous ont laissé les situationnistes. Avec son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, en 1967, Raoul Vaneigem a marqué d’une pierre d’angle ce mélange de rigueur formelle et de concepts percutants. Beaucoup imitée, jamais égalée, cette belle machine rhétorique n’existe réellement qu’à travers deux œuvres : celles de Raoul Vaneigem et de Guy Debord. Leur amitié ne résista pas au reflux de 68. Dans sa lettre de démission à l’Internationale situationniste en 1970, Vaneigem pose la question qui va l’occuper jusqu’à ce dernier livre : "Comment ce qu’il y avait de passionnant dans la conscience d’un projet commun a-t-il pu se transformer en un malaise d’être ensemble ?", pour répondre, en partie, par le peu de pénétration des idées situationnistes dans le milieu prolétaire, de la même manière que d’autres groupes gauchistes.

Il se repose toujours la même question, est-ce à une d’élite d’apporter ses lumières théoriques à une classe opprimée et au nom de quoi ?, pour parvenir à un constat plus profond : le mode situationniste de comportement dupliquait une haine de soi, une volonté de démolition, qui n’était pas exempte de nihilisme, d’une pulsion de mort. Vaneigem interroge une forme de folie rance, celle qui a pu le transformer en "ange exterminateur" reproduisant symboliquement les actes staliniens d’exclusion, de crimes potentiels, d’une confrérie dupliquant le schéma meurtrier du bouc émissaire. Il déplie cette "table ronde" chevaleresque des égaux situationnistes où, comme il le dit, l’enjeu du pouvoir était dominant. On s’apercevra, avec le temps, que Entre le deuil du monde et la joie de vivre n’est pas un simple témoignage, mais une réflexion essentielle pour reprendre la liaison entre utopie et agir.

Chaque phrase creuse le problème d’un mouvement qui avait vu la société de consommation comme une Vanité, une tête de mort disponible pour chaque citoyen, son tombeau, et là il faudrait citer tout le livre : "Mais voici que ce confort se dérobe entre les mains de millions de gens, qui se retrouvent sans humanité et sans avoir." La peur, l’effroi s’emparent de chaque travailleur subordonné à des puissances qui le dépassent, le détruisent. Et là où Vaneigem est important, c’est que quittant le "jouir sans entrave et vivre sans temps mort" de 68, il décape ce que le désir a pu devenir comme accélérateur pour les révolutions capitalistes. Les situationnistes appelaient de leurs vœux une société du jeu vital, de l’expression libre, mais ce dispositif fut idéalement capté par l’économisme. De fait, la critique du "Spectacle" servit de fleuron à celui-ci, le désir ou les désirs sont les proies que l’économie cherche et suscite pour les inféoder. On pourrait faire la même analyse pour nombre de philosophes de 68. Sans resserrer ces penseurs dans une même critique du désir comme producteur d’asservissement, le livre de Vaneigem, qui ne s’embarrasse pas de telles précautions, pointe l’impasse d’un certain type de révolution.

Il ne faudrait pas restreindre Entre le deuil du monde et la joie de vivre à un arrachement aux errements des situationnistes, malgré leur perspicacité, mais à une méditation sur le devenir mortifère des révoltes : "Car enfin, nous avions entrepris la révolution en gageant ses espérances sur notre fin apocalyptique." Et, encore plus cinglant : "Dans l’hystérie paranoïaque de notre groupe d’hémophiles excoriés retentissait l’écho d’une exaltation que nous voulions romantique ; elle était seulement morbide." Les assertions claquent comme des refus de se laisser prendre, à nouveau, dans ce désir de pouvoir qui ne cache que celui de n'en avoir aucun. Vaneigem revient sur ces exclusions meurtrières que les situationnistes pratiquaient comme des purges internes, faute de trouver l’ennemi extérieur auquel s’affronter directement. Ce livre entrelace une biographie personnelle, intimement issue de l’histoire de la classe ouvrière, où le présent est décrit comme "Pénétrer dans l’abîme du calcul égoïste, c’est se laisser pénétrer par lui. Au regard des requins mercantiles qui le sillonnent, toute existence est une proie.", et puis ce retour violemment critique sur ses années situationnistes.

Ce n’est en rien un reniement, une repentance, mais au contraire une fidélité qui perçoit en quoi il s’en fallut de peu pour que le monde ne bascule. C’est à ce centre de gravité, qui est aussi un hymne à la vie, que Vaneigem garde son adhésion. Même si l’on peut contester sa perception des émeutes de banlieues, qui reste classiquement marxiste, les classes dangereuses sont forcément traîtres à leur cause, il n’en reste pas moins que c’est le seul situationniste qui a fait la critique salutaire d’un mouvement, indépassé à ce jour, non pour le calomnier, mais pour lui donner sa teneur la plus forte, directe. Versé dans l’alchimie des désirs, il change l’or noir des situationnistes, leurs sarcasmes, pour ne garder que leur joie d’être, leur insurrection. Cette irruption intense de vie qui échappe à la volonté de puissance, cette révolution personnelle, incalculable, Vaneigem nous en donne le legs, avec une générosité rare, un timbre de voix qui résonne, comme une injonction à changer le monde.  

vendredi 9 septembre 2011

L'inventaire de demain

Les manifestations les plus exemplaires et massives se poursuivent depuis des semaines en Israël et au Chili. Que peuvent-elles avoir en commun, vu leurs contextes si éloignés, qui fait aujourd’hui écho aux indignés portugais et espagnols ?
En premier lieu, d’exprimer avec persévérance et la force du nombre, sur une longue période, l’exigence d’une justice sociale mise en cause par la logique du capitalisme financier, ses réalisations comme ses promesses réaffirmées.
En second, de faire preuve dans leur soudaineté d’une grande détermination et de mobiliser bien au-delà des frontières de la protestation traditionnelle pour rassembler et unir des foules combatives.
En troisième, de faire preuve d’inventivité, tant dans les slogans et les revendications que dans les formes d’action. D’être radicales et de réclamer des ruptures, de s’affranchir des formalismes.
En quatrième, enfin, de ne pas se laisser jouer par les roueries d’un monde politique usé et dont la corruption n’a plus de secret, et de mettre en pratique une nouvelle démocratie pour s’y opposer.
Ces mouvements ont en commun de poser les premières briques de la prochaine maison, sans plus de prétention et sans avoir en tête son architecture d’ensemble. Ils débouchent sur des victoires partielles, en imposant des reculs, et doivent faire des pauses pour reprendre leur souffle.
Pour retrouver de tels mouvements laissant de telles profondes traces, il est nécessaire de revenir bien en arrière. Dans la seconde moitié des années 60, lorsque fut sonnée la fin d’une période – marquée par la grande défaite américaine au Vietnam et les derniers soubresauts du colonialisme sous sa forme classique – et qu’émergea sur la scène une jeunesse nombreuse aspirant à une délivrance sociale, morale et culturelle, qui réclamait sans attendre un autre avenir et prétendait le vivre au présent.
Mais le contexte de l’époque n’était pas celui de la crise que nous connaissons, qui incite à un changement de paradigme plus global. Tant en raison de la profondeur de la crise financière que de l’arrivée à maturité de nouvelles préoccupations liées à l’exploitation des ressources de la planète et à la qualité de la vie. Il diffère aussi en cela que les pays développés connaissent une tiersmondisation tandis que des classes moyennes se développent dans les pays émergents. Induisant, comme la révolution arabe en cours le démontre, une conjonction là où il y avait auparavant séparation.
Nous assistons actuellement à une même révolte que, pour simplifier, on peut attribuer aux classes moyennes, en empruntant ce concept particulièrement flou. Constant qu’il s’agit des grandes victimes toutes désignées, avec les plus démunis, de La Grande Perdition, qui prennent progressivement conscience de ce qu’elles vont perdre : l’effritement de leur statut social, qui ne fait que commencer, aboutissant au renforcement d’une polarisation sociale accentuant encore les inégalités de distribution de la richesse et la différenciation des modes d’existence.
Un mouvement inverse se produit entre les pays développés et les pays émergents, qui voit chez les uns se déliter ce qui se développe chez les seconds. Là, à la faveur d’une forte croissance économique, les miettes de la nouvelle richesse parviennent jusqu’au pied de l’échelle sociale. Diminuant un peu la pauvreté pour la rendre moins insupportable, sans cependant empêcher le renforcement des inégalités. Favorisant l’essor de classes moyennes dont les revenus n’ont que peu à voir avec ceux des pays développés. Elles aspirent à être reconnues, à bénéficier de la distribution de la richesse et à la liberté, quand elles n’en disposent pas a minima, s’opposant au clientélisme et à la corruption qui leur fait obstacle.
De quoi les classes moyennes des pays avancés peuvent-elles être porteuses, une fois constaté que le prolétariat n’est plus ce qu’il était et la classe ouvrière non plus ? Comment peuvent-elles dépasser le stade du refus, qu’elles manifestent quand elles sont touchées et qu’une conjonction de circonstances imprévisibles les incite à sortir de la résignation qui leur est prêtée ?
Elles sont loin d’être homogènes, toutes leurs composantes n’étant pas destinées à accomplir un rôle exemplaire. Leur protestation a une dimension plus morale que politique, comme l’a exprimé leur appellation d’indignés, ce qui en fait à la fois la force et en marque les limites. Comme s’il était ressenti en leur sein une exigence qui ne pouvait se traduire que par le rejet, sans nécessairement trouver ses formulations quand il faudrait passer au stade de la construction. Mais qui, marginalement encore, se traduit par de nouvelles pratiques sociales, renouant avec cette même exigence vécue il y a plus de quarante ans, selon laquelle il n’est plus possible d’attendre. S’inscrivant dans une sorte de double pouvoir caractéristique des périodes de transition.
Le réalisme a changé de camp. Il devient de plus en plus manifeste pour beaucoup que ceux qui s’y drapent encore sont de dangereux aventuriers dépassés par ce qu’ils ont enfanté. Le changement dont ils sont porteurs – la rupture, comme ils disent – n’a comme unique visée que de continuer comme avant, préparant au pire vu la quasi-récession prolongée qu’ils annoncent. Leur programme est de mettre en cause des pans entiers de l’Etat-Providence (en anglais, Welfare State n’a pas les mêmes connotations : l’Etat du bien-être) au nom des exigences d’un système oligarchique aux effets dévastateurs, qu’il n’est plus nécessaire de prédire car ils sont survenus. Réduire le rôle de l’Etat et élargir le terrain de jeux a pour objectif d’accroître la sphère financière, afin de lui redonner son assise perdue. L’eldorado étant représenté par les marchés des pays émergents.
En face, il n’est plus vraiment question de redonner à l’Etat ses lettres perdues de noblesse. Soit à cause des connivences avérées de ses représentants avec le pouvoir de l’argent, soit en raison de sa logique bureaucratique et de son inefficacité avérée à gérer les rapports économiques et sociaux. Mais au contraire à étendre le champ de la démocratie à l’économie et à inventer des formes nouvelles de participation collective et représentative. Une tâche ardue en raison de la complexité de nos sociétés, mais rendue plus aisée par l’élévation de leur niveau culturel et d’éducation. Sous sa forme actuelle, l’Etat a vocation à dépérir, mais pas nécessairement au profit du marché.
Ne sommes-nous pas, pour aller à l’essentiel, devant trois grands enjeux ? La refondation et l’élargissement de la démocratie, le rétrécissement de la sphère des valeurs marchandes, et la meilleure préservation et allocation des ressources de la planète ?
Pour commencer, observons que les conditions existent, comme cela est d’ailleurs démontré à grande échelle au Brésil, bien que fort imparfaitement, pour qu’une allocation financière soit distribuée afin de garantir à tous le toit, la nourriture, la santé et l’éducation, et des accès à coût réduit à l’eau, l’énergie et à Internet.
Une chose est ce qui permet de garder tout juste le nez hors de l’eau, une autre ce qui permet d’améliorer son sort et qui emprunte souvent des voies informelles, c’est à dire hors du contrôle de l’Etat, et qu’il est nécessaire d’aider et non de combattre. L’informalité est aussi l’organisation de la survie quand elle se développe en bas, comme d’ailleurs elle le fait dans nos pays avancés actuellement.
Ce n’est pas seulement le statut improductif de rentier qui peut être remis en question, mais également celui du travail salarié sous sa forme actuelle. Une partie de la rémunération pourrait en être déconnecté et devenir un revenu social. Le seigneur d’aujourd’hui est l’argent, ce pouvoir immatériel déifié, l’affranchissement de son esclavage est la clé.
Le partage entre temps de travail et de loisir a déjà considérablement évolué dans nos sociétés. Il n’est plus question de la reconstitution de la force de travail pour qualifier le temps de non-travail, mais plutôt de la généralisation de dérivatifs. Eléments constitutifs de la société de consommation et instruments d’un contrôle social. Comme le travail, les loisirs méritent d’être requalifiés et revalorisés (et mieux distribués). A l’alternance des périodes de la vie d’antan peut succéder une toute autre conception du partage des activités, incluant l’éducation et la formation. La vie doit être considérée dans toute son amplitude et non plus privilégiée uniquement en raison de ses capacités productives et reproductives.
Aucune de ces premières pistes tracées à très grands traits ne prétend à l’originalité. Mises ensemble, elles prennent un autre relief, tout en appelant à être poursuivies, élargies à d’autres domaines et mises en pratique autant que faire se peut. Afin de procéder à l’inventaire de demain, une formule paradoxale qui a pour sens de volontairement perturber l’échelle du temps et d’affirmer le présent.
Ce qui est dorénavant en cause, c’est que ces idées deviennent des forces matérielles, que l’utopie d’hier soit reconnue comme le réalisme d’aujourd’hui, que non seulement elles soient formulées, mais qu’elles commencent à s’inscrire dans les faits. Les grandes incantations appartiennent au passé, le temps de la réalisation des exigences est arrivé.
Il y a les grands mouvements spectaculaires qui se déroulent et l’on retient, mais il y a aussi tous ces gestes individuels et collectifs qui appartiennent au quotidien, eux aussi concourent à insensiblement faire basculer le monde. Sans garantie illusoire d’y parvenir, mais avec une conviction s’appuyant sur ce dont chacun dispose comme certitudes, de fait largement partagées.

mercredi 7 septembre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE

 Entendu et vu ce jour, sur LCP, la chaîne parlementaire:

« Soyons pragmatiques, bâtissons une gouvernance (mondiale) sérieuse, crédible, et voyons par la suite si cela peut se démocratiser ».

Hubert VEDRINE (ancien ministre des affaires étrangères français)

Los orígenes del Manuscrito de Los Comunes


Como ya sabemos esto nunca sucedió, los aguaceros continuaron e inundaron todo. Al temporal sólo le siguió el miedo, un miedo pertinaz que caló hasta los huesos, y que se extendió como una plaga. Fue en extremo extraño, pero las formas corporales cambiaron, muchos se encorvaron como esperando a que se dispersaran los cielos grises. Doblados y contraídos, los habitantes urbanos experimentaron la violenta coherencia de una nueva corporalidad: la mirada cambió, obligada a dirigirse al suelo, al igual que el paso, más corto y lento. Tal fue así, que por la cinética de sus movimientos y la extraña proyección de sus cuerpos, comenzaron a ser conocidos con sobrenombres del reino animal: erizos, cucarachas, pero sobre todo tortugas. En el nuevo teatro de sombras en el que se convirtieron las calles de Madrid, se podían ver decenas de miles de formas proyectadas sobre las aceras, curiosa mezcla entre humanos y galápagos, extraña confusión de morfologías producto de las curvaturas del miedo.
Así fueron pasando los meses y los años. Todavía hoy, produce cierto cosquilleo en el estómago, pues hasta los sectores más activos de aquella sociedad, acabaron adoptando la posición encorvada, mientras se preguntaban por qué razón no había habido una revuelta, un estallido social o al menos un debate sincero sobre lo que estaba ocurriendo. Argumentos no les faltaban, pues fue entonces cuando se privatizaron la sanidad, la educación y hasta el agua y el aire. La persecución a los inmigrantes fue constante y el capitalismo financiero, en continua y acelerada caída, no dejó de meter su mano en todo aquello que oliese a dinero. Mientras, los políticos, quizás de los pocos que todavía se mantenían erguidos, lanzaban discursos solemnes sobre el compromiso público con la ciudadanía, o bien dejaban escapar insultantes sonrisas mientras pedían paciencia y reclamaban que todos arrimasen el hombro, «eran tiempos difíciles» decían.
Pero la crisis siguió. Y a fuerza de esperar a que escampase, los barrios se deterioraron, el paro creció hasta dejar a cerca de la mitad de la población sin fuentes de renta seguras, y lo que fue peor, el mal de la curvatura lumbar se hizo más agudo. Sólo unos pocos se atrevieron a reclamar algo de dinero para aliviar los dolores de espalda. Inmediatamente fueron acallados, ese dinero debía destinarse a reflotar la maltrecha economía. Por otra parte, la reivindicación no sólo era arriesgada, sino temeraria, pues la crisis no podía permitir ningún alivio que impidiese a sus habitantes desviar la mirada del suelo. La solución a la crisis pasaba porque todos tuviesen los ojos y los pies clavados en tierra, en la más evidente de las necesidades materiales de su propio cuerpo. El dolor era necesario.
No fue hasta 2015, cuando las reivindicaciones paliativas fracasaron, cuando algunas, en un ejercicio de valentía que todavía se recuerda, decidieron afrontar lo que les hacía mirar hacia abajo, señalando la causa última del encorvamiento generalizado: el miedo. Semejante atrevimiento podía tener sus costes, al recuperar la antigua posición corporal, que los habitantes de la ciudad habían perdido hacía ya más de una década, los ojos, acostumbrados a la sombra que imprimía el propio cuerpo, podían resultar abrasados. Levantar la vista podía quemar las retinas, se decía. Es cierto que quienes se propusieron este desafío tardaron un tiempo en recolocar sus cervicales y el resto de sus vértebras hasta volver a la posición original. Pero normalmente el ejercicio de reconstrucción duraba poco, y en unos pocos días se podía recuperar una visión completa, de arriba a abajo, de la ciudad.
Las cosas habían cambiado mucho, la mayoría estaban peor. La destrucción de los servicios públicos, el paro, la degradación de los barrios o el aumento de la pobreza ofrecían imágenes de una tierra devastada. Pero ¿qué hacer? Muchas cosas sin duda. En las zonas más afectadas se organizaron comisiones que daban apoyo básico frente a problemas y situaciones de urgencia. También se tomaron las plazas y se ocuparon casas vacías y solares abandonados, a fin de al menos tener techo y organizar algunos servicios elementales, desde una mínima asistencia sanitaria hasta la formación elemental de aquellos que habían sido expulsados de las escuelas privatizadas. Ponerse erguido comenzaba a tener sentido, más allá de la valentía de las primeras osadas.
Pero la realidad no era la misma para toda la ciudad. En ocasiones, las caóticas avenidas, eran atravesadas por coches espectaculares, que iban y venían a gran velocidad; en algunas calles se veía un lujo increíble, plagadas de tiendas como museos y palacios como catedrales. Siguiendo los pasos de los habitantes que las frecuentaban, todos ellos erguidos y despreocupados, se acababa en un puñado de zonas residenciales fortificadas. Allí vivían los súper-ricos, los que habían aprovechado la crisis para aumentar sus fortunas.
La pregunta era obvia. Si el miedo a la crisis parecía haberse instalado en toda la sociedad ¿cómo es posible que un sector de la misma saliera indemne, o incluso beneficiado? La respuesta también lo era. Los recién incorporados vieron todo lo que les habían robado mientras andaban con la mirada perdida en el suelo. La crisis había sido un simple robo. Era sencillo, la riqueza que entre todos y todas se había producido seguía ahí, sólo que ahora estaba mucho peor repartida.
Era el momento de pensar. Y las comisiones de apoyo se propusieron hacer inventario del saqueo. No podían dedicarse simplemente a gestionar la miseria. Las protestas y las luchas incipientes, siempre reprimidas, acabaron por concluir en la redacción de un programa. Se trataba de redactar una constitución que invirtiese la situación y estableciese los derechos que correspondían a todos los habitantes de la ciudad de Madrid. A esta ley la llamaron la Carta de los Comunales. Y para su redacción volvieron a la época del Medievo. Pues entre legajos y fueros antiguos, encontraron una palabra, «común», que no podía ser definida ni por referencia a la propiedad privada ni al Estado, apostando por un modo (comunitario) de hacer las cosas que nada tenía que ver con el mercado. La Carta encarnaba el espíritu del momento, propugnaba un nuevo estatuto ciudadano en el que las instituciones públicas fuesen exorcizadas igualmente de la burocracia y de los intereses económicos, reconducidas a un territorio nuevo (los comunales), lejos de la clase política y los flujos financieros.
Como en toda coyuntura histórica que encuentra una lectura adecuada, la Carta concitó el interés de la mayoría. Fue apoyada por cientos de miles de ciudadanos y prohibida por las instituciones municipales y regionales, quedando proscritas aquellas juntas comunales que empezaron a crearse. La tensión no cejó desde entonces. Las comisiones crecieron y su capacidad para gestionar servicios cada vez más amplios, llegó a generar lo que podríamos llamar el embrión del primer procomún urbano. La paradoja es que si por un lado la represión fue brutal y salvaje contra las manifestaciones y huelgas sociales, no se atrevió con las redes de apoyo y subsistencia que hacían funcionar ya buena parte de los recursos de la ciudad. La Carta acabó así por convertirse en una especie de mantra de resistencia. Como los cuentos de los pueblos antiguos, desde entonces, ha seguido siendo recitada por miles de espontáneos, promesa de realidad los nuevos adeptos a la resistencia.
Hoy, tocando a su fin el año 2023, con más de diez años de insurrección permanente a nuestras espaldas, reproducimos por primera vez sobre papel sus primeras versiones, las más poéticas: modesto homenaje a aquellos primeros resistentes que se atrevieron a vivir erguidos.

Hallado el Manuscrito de Los Comunes: nuevos fueros para los habitantes de la ciudad de Madrid


Nuevos fueros para las y los habitantes de la gran ciudad de Madrid

Firmada el 1 de septiembre de 2023 por más de un millón de madrileñas y madrileños

Declaración inicial

Nos, de mutuo acuerdo, en libre acto de reunión y asamblea, sin coacción de los poderes del Estado, sus partidos, grupos de comunicación y otras organizaciones con pretensiones de representación, establecemos la plena vigencia de la presente Carta y Fueros con el objeto de que sean conocidos, y respetados, y mejorados por los y las residentes, así como por las juntas comuneras, de los barrios y pueblos de la gran ciudad de Madrid.
Así y para que conste a presentes y futuras generaciones, declaramos:
I. Que no existe ciudad, ni sociedad viable alguna, sin el reconocimiento de los bienes, conocimientos y riquezas que siendo comunes a todas y a todos hacen posible la vida conjunta. Que estos bienes comunales son esenciales para el mantenimiento de la vida, y que comprenden tanto elementos naturales, como la tierra, el agua, los bosques y el aire, como otros recursos gestionados hasta ahora por manos públicas y privadas con poco respeto a su conservación y mejora, tales como espacios públicos, sanidad, educación, cuidados colectivos, cultura y conocimiento.
II. Que los antiguos ya conocían la importancia de lo común, siendo reconocido en Cartas Pueblas, Fueros y otras constituciones que establecían que montes y pastos eran comunes, al igual que los derechos que vecinos y vecinas tenían sobre sus bienes y riquezas. Que igualmente los antiguos conocían los alivios de las desigualdades que los derechos a lo común producían, permitiendo a pobres y menesterosos el acceso a recursos (pastos, leña, productos del bosque) que en épocas de escasez aliviaban el hambre, y más aún, permitían una existencia digna a todos los convecinos, sin más distinción que el hecho de residir en el mismo pueblo. Que lejos de los pronósticos contemporáneos que hablan de la «tragedia de los comunes», cuando un bien común es explotado de forma egoísta e individual hasta su total agotamiento, los antiguos establecieron regulaciones y normas para su conservación y mejora, permitiendo la existencia de los comunales durante varios siglos, e incluso milenios, siendo su destrucción un hecho reciente, asociado a la predación, codicia y privatización fomentadas por los poderes y oligarquías contemporáneas. Que igualmente, los antiguos, no sólo conscientes de las bondades y riquezas que se derivaban de la existencia de los comunales, se comprometían a su mantenimiento, haciendo las labores colectivas y democráticas necesarias para su mejora, conservando todavía muchas lenguas peninsulares los nombres para estas tareas comunes, así hacenderas o hacer jornadas en el viejo castellano, auzolan en el decir de los vascones o azofra en el habla aragonesa.
III. Que lo común está siendo objeto de continua devastación y maltrato por parte de los poderes públicos y los intereses privados. Que esta destrucción se traduce en liquidaciones y privatizaciones, lo que redunda en la merma de la calidad de los recursos, la apropiación privada de bienes y beneficios que sólo corresponden al interés colectivo, el aumento de las desigualdades y el despilfarro que hoy caracteriza al uso de muchos comunales en la gran ciudad de Madrid. Que este problema viene de muy atrás, de la falta de transparencia y de democracia de la administración del Estado, de su celo burocrático y del autoritarismo de su gestión, y que por ello es necesario que se ponga fin a la delegación sobre la gestión de bienes y riquezas que sólo siendo comunes podrán ser preservados y mejorados con grandes ventajas para la ciudad.
IV. Que lo común debe tener estatuto jurídico propio, que no es ni público ni privado, sino común. Y que éste tiene que ser regulado por principios y disposiciones que no son ni públicas ni privadas, ni tienen suficiente reconocimiento en la legislación vigente. Que hasta la fecha, las figuras jurídicas de lo común han quedado limitadas a unos pocos apartados como son el dominio público marítimo-terrestre (plataformas marítimas, costas y riberas), los montes de utilidad pública y el dominio público del conocimiento. Que ninguna de estas figuras ha servido para preservar los objetivos que se habían propuesto, siendo la costa una línea de cemento a la que sólo se permite el paso en unos pocos metros, los ríos espacios muertos y canales para el regadío, los montes públicos pasto de incendios y malas repoblaciones y el conocimiento una mercancía monopolizada por unas pocas personas y empresas hasta setenta años después de la muerte del «autor».


- Por todo ello, los y las firmantes declaran de plena vigencia,
sin mayor necesidad de refrendo de otras instituciones, las siguientes leyes y fueros. -

Capítulo Primero: De los comunes y su gestión

Art. 1. Salvo especiales circunstancias discutidas por la comunidad, nada de lo que ha sido creado, pagado o sostenido con esfuerzo común puede ser convertido en otra propiedad que no sea común, sin que en ello importe lo que la legalidad o los registros de propiedad hayan establecido previamente.
Art. 2. Todo aquello que el común considere como bien o servicio común será considerado tal. El común no tiene más límite que lo que se decida comunmente, sin menoscabo de otros derechos fundamentales como la libertad de expresión, reunión, manifestación o a la tenedura de una razonable propiedad privada.

Art. 3. Todo servicio o bien común será regulado de acuerdo a los siguientes cuatro principios:
a) Universalidad, el acceso a estos bienes y servicios comunes deberá ser universal y abierto a todos los residentes de la ciudad, sin mayor contrapartida que la buena disposición y trabajo de la comunidad para su sostenimiento y mejora. Estas aportaciones serán, en parte, reguladas por vías fiscales sobre el principio de «quien más tenga más aporta» y, en parte, mantenidas por los trabajos colectivos que sean necesarios.
b) Sostenibilidad, las únicas restricciones de usos y aprovechamientos deberán estar fijados en razón al mantenimiento intacto, cuando no mejorado, de las condiciones materiales de reproducción de los bienes comunales.
c) Democracia, los criterios de gestión y uso deben ser transparentes y democráticos. A ese efecto todos los recursos serán administrados por una Junta Comunal, a la que tendrán derecho y obligación de asistencia todos los miembros concernidos por el recurso. Las juntas comunales serán de un tamaño lo suficientemente pequeño como para que todas las personas congregadas se puedan escuchar en una misma sala y lo suficientemente grande como para que el recurso sea viable, siendo el tamaño de cada recurso determinado por las necesidades de cada asamblea. Cuando las condiciones no lo hagan necesario, la administración se realizará según las normas de uso común o por reglas fijadas por una asamblea fundacional, siendo su administración cotidiana realizada por personas duchas y capaces en los menesteres técnicos requeridos. Sea aquí establecido este principio fundamental de los comunes: que estas personas, por mucho que sea su saber, no tendrán capacidad para modificar las normas fundamentales, siendo todo conflicto importante o toda modificación esencial resultado de las deliberaciones de la asamblea competente. A fin de confirmar el mandato democrático se dispone la revocabilidad de las personas que presten servicio en puestos técnicos o expertos. Así mismo se establece como principio y derecho, la transparencia en el acceso libre y directo a la información producida en el ámbito de gestión o decisión sobre los citados comunes.
d) Inalienabilidad, la gestión privada, estatal o comunitaria no puede en ningún caso confundirse con la propiedad de los bienes y servicios de propiedad común, que no podrán ser enajenados a manos de terceros.

Capítulo Segundo: De las cosas naturales como la tierra, el agua o el aire

Título primero: De las cosas naturales como bienes comunes


De las primeras verdades que aprende cualquier sociedad es que la tierra no puede, en rigor, tener dueños, pues la mayor parte de las cosas que la facen no son propiedad de nadie, ni pueden serlo. La producción biológica, el ciclo del agua o la mezcla de los gases de la atmósfera pueden ser trastornados por humana mano, pero no dominados de pleno derecho. Y aun si dijéramos, como parece quererse, que en nuestros tiempos el dominio de la naturaleza está completado y cerrado de una vez por todas, no podríamos decir que tal control de la tierra y sus ecosistemas haya llevado a su mejora. Siendo antes cierto lo contrario, pues en todas partes la destrucción avanza y los recursos menguan.
Es sabido también por las sociedades antiguas, que los límites físicos a la apropiación de la naturaleza, hacen de buenas razones para evitar la conversión de la tierra en propiedad privada. Y esto, en la peculiar forma en que es posible tal propiedad, esto es, la propiedad privada de los productos finales de la tierra. Es, de otra parte, hecho reconocido que las tierras comunales, en la medida en que proveen de un sustento material para todos, suponen una garantía para la reproducción de la sociedad. Y que fue precisamente por ello por lo que ésta fue objeto de ataque: primero por los señores feudales, y luego de los nuevos burgueses, en esa inefable operación de cercamiento de los campos, cuyas consecuencias ya conocemos en forma de «miedo al hambre», vagabundeo y desposesión.
Cierto es también que la tierra en común sólo se garantiza si queda asegurada la reproducción de los bienes que la naturaleza provee. Y que al dañar irreversiblemente los productos de la naturaleza y las relaciones de los ecosistemas, a quien se pone en peligro es a la propia existencia humana, y no a una economía descarnada. Es por ello que la tenencia en común de tierra y bienes naturales son garantía de sostenibilidad. Y que frente al decir que lo que «es común no es de nadie» y que no hay mejor forma de agotar un bien que el hecho de que no tenga «dueño», habrá que afirmar que no se puede garantizar mejor lo común que si es de todos y a todos importa. Siendo «todos» la comunidad de iguales cuyas normas son azote de explotadores y oligarcas que por sus normales negocios agotan estos recursos que tanto cuestan.
Art. 4. Se reconoce por esta Carta el carácter contingente y finito de la apropiación de los productos de la naturaleza y la autonomía de las relaciones internas de los ecosistemas frente a los distintos modelos de propiedad. A este propósito se someterán a examen todas las formas de contabilidad al uso, para evitar las trampas que tan frecuentemente hacen pasar por extracción de riqueza la destrucción material del entorno.
Art. 5. Se reconoce también que las instituciones sociales deberán acoplarse a los ecosistemas que humanos, flora y fauna forman, atendiendo siempre a la conservación y mejora de los delicados equilibrios que entre éstos se construyen. Y que lo harán según formas igualitarias en las que tenga voz toda persona afectada por el uso y explotación de los mismos.
Art. 6. El aire y el agua, el mar y sus costas son bienes comunes. Pues así lo decía ya el derecho romano: Naturali iure communia sunt omnium haec: aer et aqua profluens et mare et per hoc litora maris.
Art. 7. Son también comunes los montes, bosques y pastos que todavía existieren a 100 leguas alrededor de Madrid y como tales serán desde ahora mantenidos y aprovechados. Al igual que los regadíos, campiñas y campos que no sean de propiedad y trabajo de una sola familia.
Art 8. Por esta Carta se recogen los tristes restos de las legislaciones del llamado «dominio público», como el dominio marítimo-terrestre y las riberas de los ríos, así como los montes de utilidad pública.

Art. 9. Siendo montes y bosques propiedad común, éstos serán agrupados en grandes lotes para su administración por las Juntas Comunales formadas a tal propósito.

Art 10. Igualmente se establecerán Juntas de Cuidado del Agua y el Aire que velarán por su calidad y buen uso, vigilando y castigando los derroches y sus malos usos.

Art. 11. Los campos que no siendo de propiedad y trabajo de una familia serán repartidos en usufructo a aquellos interesados y amantes del noble arte del cultivo, con el fin de que sean los frutos de sus huertas los que nutran y alimenten a madrileños y madrileñas.

Título segundo: De los bienes naturales y su gestión común en Madrid y en otras regiones del mundo


Cierto es que los comunes son motivo de guerra y enemigos de los grandes poderes del mundo. Pues si en las naciones ricas ha ya tiempo que las tierras pasaron a privadas manos, en las pobres son todavía comunes en buena proporción. Mas siendo estos comunes obstáculo a la explotación de minerales y plantaciones, han sido los países ricos quienes han promovido su cerco y brutal aprovechamiento. Y esto sin mayor rubor. Es así esta paradoja: si en sus discursos abogan por lo verde, en la realidad acaban en lo marrón, y mas pareciera que siendo de boca ecologistas no son sino los lobos de nuevas formas de expropiación. De lo que se deduce que los comunes serán para todos los pueblos y naciones o no serán, y que es voluntad de esta Carta que su ámbito no quede en Madrid, sino que a todo el mundo se extienda.
Art. 12. Siendo las juntas de comunales pequeñas y ajustadas al tamaño de los recursos, serán capaces de federarse hasta abarcar la gestión de los inmensos comunes de este mundo como los grandes bosques, los océanos y la atmósfera. Pues es menester que siendo mar y aire comunes universales, sean bien gobernados para poner fin a su constante empeoramiento.

Art 13. No habrá comercio basado en la expropiación de otras partes del mundo en las que la propiedad privada del suelo se mantenga, o aun peor, aumente. Es así que toda forma de comercio será entre comunidades que mantengan y conserven sus comunes.

Art 14. Es propósito de esta Carta y de otras semejantes saldar la deuda ecológica que a pobres y ricos hoy tanto separa.
Art. 15. Es atentado contra el común todas las formas de privatización clara o encubierta del suelo, así como el envenenamiento de mares, aguas y cielos. Siendo esto gran problema, serán sus responsables expulsados de la comunidad.


Capítulo Tercero: De la ciudad y los espacios comunes

Es nuestro mundo, mundo urbano, en el que ya más de la mitad de los nacidos ha por hogar una ciudad. Es por ello que nuestras urbes, en tanto espacios de obligado encuentro, sean también de convivencia, y de política, y de democracia, como ya practicaran en la Antigüedad, y luego en la época de las revoluciones y conquistas urbanas.
Es así que la ciudad sólo puede ser casa del vínculo social, en el que cosas y personas se encuentran de maneras variopintas, dando nombre y consistencia a la comunidad. De lo que se deduce la forma en la que la ciudad se produce, ya que es en estos menesteres donde las relaciones sociales se facen y desfacen, haciendo de la ciudad espacio de vida. Pero siendo nuestras ciudades cada vez más dispersas, y estando cada vez más dispuestas en una multitud de fragmentos homogéneos, éstas se vuelven sitios enemigos e inhóspitos, donde las desigualdades de riqueza y fortuna campan a sus anchas.
Sea pues que si la ciudad es, como parece, espacio de vida y para la vida, donde necesidades colectivas y lazos sociales se deshacen y rehacen, no hay mayor urgencia que ésta y todos sus bienes sean declarados comunes. Que se ponga coto a las privatizaciones y fronteras que hoy en día se multiplican. Y que la ciudad sea objeto de derecho, derecho a la ciudad, en tanto garantía del poder de la comunidad sobre su propio espacio y formas de vida. Y para que esto sea así y no de otra manera, esta Carta establece lo que sigue.

Título tercero: La ciudad como soporte de los comunes


La ciudad es soporte de otros comunes que sobre ella se asientan. Es así que la ciudad es base material de otros comunales y a su tiempo provisionadora de múltiples riquezas. Bien gestionada, así, la ciudad puede convertirse en la mayor de las garantías de la buena vida y de la satisfacción de gran variedad de necesidades ahora insatisfechas.
Sin embargo, nuestros gobiernos, públicos y privados, han hecho de nuestras ciudades fuente de gran miseria, agotando el suelo que tan escaso se presenta, al igual que el agua y la energía. Éste es el caso de Madrid, en el que tiempo, agua y suelo se pierden en el estómago de una ciudad que nunca se amansa. Y en la que lo común se destruye por obra y gracia de intereses privados, crecimientos desmesurados y otros despilfarros desmadrados. A esta ruina de lo común ha seguido mayor desigualdad y penuria para los menos agraciados, que no teniendo recursos han quedado aún más pobres y aislados.
Art. 16. Son comunes los elementos que dan forma a la ciudad, el suelo, los equipamientos y la ciudad en su conjunto, siendo su importancia mayor en tanto sirven de soporte a otros bienes y riquezas, que por estar basados en lo común serán también comunes.

Art. 17. Son comunes los espacios públicos, en tanto espacios físicos compartidos, base para el encuentro, el intercambio y la asamblea pública. Son comunes las calles, plazas, parques y equipamientos públicos.

Art. 18. Es común el suelo urbano, urbanizable o por urbanizar, pues aquello que forma o formará parte de la ciudad no puede ser ni de beneficio, ni de interés privado. Y es así como la especulación cederá en buena proporción, para gran provecho de todas y todos.

Art. 19. Es común toda vivienda que no tanga ni ocupación, ni aprovechamiento, siendo desde hoy parte del Comunal de Inmuebles, que en justo reparto y aprovechamiento repartirá entre aquellos que no tengan techo. Queda así establecido que toda persona debe tener una vida propia, y digna, y merecedora de todo respeto; pues es derecho de todos y todas el acceso a una vivienda habitable, siendo habitable aquella que permite el bienestar. Y habiendo en Madrid tantas casas vacías sin más objeto que la especulación, lo que no genera sino tristeza y mayor pobreza, hay ya riqueza suficiente para repartir y no reparar en tanta penuria.

Art. 20. Son comunes la red eléctrica, las canalizaciones de agua, los embalses y todo aquello que a la ciudad trae la energía y el líquido elemento. Las juntas comunales constituidas al efecto promoverán la racionalización y reducción de su consumo, así como la organización y distribución ecuánime y democrática del mismo.

Art. 21. Son comunes vertederos, depuradoras, instalaciones de reciclaje y todo aquello que limpia y sanea la ciudad. Siendo objetivo de las juntas comunales la mejora de su gestión, que tenderá a reducir al mínimo los deshechos y reciclar aquello que sobre y se pueda aprovechar.


Título cuarto: Del espacio común de la ciudad


Son los espacios a la ciudad, lo que el esqueleto a los humanos. Lugares de encuentro y cruce, de amistad y diferencia. Pero siendo espacios de convivencia, lo son también de conflicto, ágoras de decisiones compartidas, así como de intereses contrapuestos. Así es que los espacios públicos son lugares políticos, donde la participación debe ser siempre bien provista como derecho sin exclusión.
Pero si esto así, hoy los espacios públicos son menguados, y aminorados, reducidos en lo que tienen de común, convertidos en privados, objeto de cambio entre administradores y empresas. Es por ello, que esta Carta ha por máximo objetivo la defensa de los espacios públicos como bienes comunes, lugar de asamblea y ventaja para una vida urbana más rica.
Art. 22. Queda aquí establecido que la ciudad habrá de adaptarse para que diversos y diferentes, infantes, jóvenes y mayores pueden habitarla y poblarla. Pues es derecho de todos y todas el acceso a los bienes y espacios que la ciudad proporciona. La ciudad no es, ni podrá ser, ciudad de fronteras.

Art. 23. Es propio del espacio público el libre tránsito y la liberad de uso, sin más restricción que la de aquellas acciones que perjudiquen al bien común.

Art. 24. La ciudad deberá tener las condiciones apropiadas para el desarrollo de la comunidad. Queda establecido por esta Carta que nadie podrá ser marginado, siendo abolidas toda las exclusiones visibles e invisibles que hoy tanto discriminan por color y sexo, gusto y edad.

Art. 25. Forman lo común las fiestas, los encuentros, la expresiones artísticas y la algarabía. Y como esto son menesteres necesarios para la buena vida del cuerpo y el alma, será el común y sus juntas comunales quienes se encarguen de facilitar su gestión para así evitar conflictos o usos inapropiados de los espacios comunes.

Art. 26. Es contrario a lo común la puesta de los espacios públicos al servicio de un único interés identitario, político o lucrativo. Los espacios públicos no podrán ser enajenados, cedidos o alquilados, por tiempo prolongado, a particulares o intereses privados.


Título quinto: De la ciudad como espacio de producción de valor común

La ciudad es territorio de gran riqueza. Hecha de tantos cruces y encuentros, de tantas gentes y tan diferentes, de tantas iniciativas y derechos, de gran memoria y mucho futuro, es de natural que de ella emanen oportunidades, negocios e infinidad de proyectos. Mas siendo todo ello posible por lo común, resulta que éste nunca viene reconocido. Así transcurren los años, y algunos van llenando sus arcas, aprovechando éstas y otras oportunidades, pero sin aportar ni crear nunca gran cosa para el común. O aún más, se quiere convertir la ciudad en un museo, o en una marca, con el fin de atraer personas y capitales, que según dicen proveerán buenas viandas y mayores riquezas. Pero lo cierto es que nada de esto ocurre. La situación degenera, convirtiendo la ciudad en una mina de la que sólo se extrae y nada se escapa. Y puesto que no hay vida buena cuando las plazas son museos, las calles escaparates y la ciudad una marca, esta Carta declara el fin de tales despropósitos, y reclama para lo común lo que sólo puede ser común.
Art. 27. Es común la vida de la ciudad, las formas de vida, las jergas y las palabras.
Art. 28. Son comunes la memoria, la belleza, el conocimiento y la sabiduría que hoy se contemplan en monumentos y fachadas.

Art. 29. Es común la expresión, la música y el arte.

Art. 30. Es común la diversidad en su diferencia.
Art. 31. Y siendo todas estas cosas comunes, son también comunes los aprovechamientos, las imágenes y la creatividad que de ellas emanan. No pudiendo haber por ello más riqueza que la colectiva.

Art. 32. Es derecho de toda persona la participación y disfrute de tales riquezas.

Art. 33. Mas como es imposible que esto no de forma a negocios y produzca dinero, se establece que de los beneficios que de los mismos se generen, todo lo que exceda al mantenimiento de la actividad y sus hacedores, irá a las Juntas Comunales, redundando todo ello en la mejora de lo común, y por ende en más riqueza.